Le signal le plus clair à ce jour
La sensibilité accrue du LIGO est illustrée par la découverte récente d'une fusion de trous noirs appelée GW250114 (les chiffres indiquent la date d'arrivée du signal d'ondes gravitationnelles sur Terre: le 14 janvier 2025). Cet évènement n'était pas si différent de la première détection du LIGO (appelée GW150914): tous deux impliquent la collision de trous noirs situés à environ 1,3 milliard d'années-lumière, dont la masse est comprise entre 30 et 40 fois celle de notre soleil. Mais grâce à 10 années de progrès technologiques réduisant le bruit instrumental, le signal de GW250114 est nettement plus clair.
En analysant les fréquences des ondes gravitationnelles émises par la fusion, l'équipe du LVK a pu fournir la meilleure preuve observationnelle à ce jour de ce qu'on appelle le théorème de l'aire du trou noir, une idée avancée par Stephen Hawking en 1971 selon laquelle la surface totale des trous noirs ne peut diminuer. Lorsque les trous noirs fusionnent, leurs masses se combinent, ce qui augmente leur surface. Mais ils perdent également de l'énergie sous forme d'ondes gravitationnelles. De plus, la fusion peut entraîner une augmentation de la rotation du trou noir combiné, ce qui réduit sa surface. Le théorème de la surface du trou noir stipule que, malgré ces facteurs concurrents, la surface totale doit s’accroître.
Plus tard, Stephen Hawking et le physicien Jacob Bekenstein ont conclu que la surface d'un trou noir est proportionnelle à son entropie ou degré de désordre. Ces découvertes ont ouvert la voie à des travaux révolutionnaires ultérieurs dans le domaine de la gravité quantique, qui tente d'unir deux piliers de la physique moderne: la relativité générale et la physique quantique.
En substance, la détection du LIGO a permis d'«entendre» deux trous noirs grossir en fusionnant en un seul, confirmant ainsi le théorème de Hawking. Les trous noirs initiaux avaient une superficie totale de 240 000 km2 (environ la taille de l'Oregon), tandis que la superficie finale était d'environ 400 000 km2 (environ la taille de la Californie), ce qui représente une nette augmentation. Il s'agit du deuxième test du théorème de l'aire du trou noir; un premier test a été réalisé en 2021 à partir des données du signal GW150914, mais comme ces données n'étaient pas aussi précises, les résultats étaient fiables à 95 %, contre 99,999 % pour les nouvelles données.