De patiente à future soignante: le parcours de Marie-Fée Pellerin

En 5 secondes À 14 ans, Marie-Fée Pellerin combattait un cancer au CHU Sainte-Justine. Aujourd'hui, elle étudie en sciences infirmières à l'UdeM pour soigner à son tour. Portrait d'une jeune femme résiliente.
Marie-Fée Pellerin

«De toute façon, j'ai sûrement le cancer.»  

Quand Marie-Fée Pellerin lance cette phrase à la légère, comme une blague d'adolescente inquiète, elle ne sait pas encore qu'elle a raison. 

D'aussi loin qu'elle se souvienne, Marie-Fée a toujours aimé l'école, «sauf l'éducation physique», précise-t-elle avec un sourire. Les mathématiques, les sciences, comprendre le monde: voilà ce qui passionnait cette enfant curieuse et studieuse. 

Mais à la fin de sa deuxième année du secondaire, des symptômes apparaissent: une fatigue écrasante, des douleurs au dos, l'impression de ne plus pouvoir respirer librement. L'adolescente consulte ostéopathes et massothérapeutes, cherchant des réponses à ses malaises persistants. 

Sa médecin de famille hésite à prescrire des examens plus poussés. C'était, disait-elle, lié à l'adolescence… Mais Marie-Fée, qui se décrit comme une enfant qui était «anxieuse et hypochondriaque», éprouve une crainte obsédante: et si c'était un cancer? Les symptômes ne disparaissent pas. Elle change donc de médecin, qui l'envoie faire un test en lui assurant ceci: «Je ne te lâcherai pas tant que nous n’aurons pas trouvé le problème.»

Le diagnostic qui change tout

Le 24 décembre 2019, alors qu'elle s'apprête à partir en voyage avec sa famille, Marie-Fée passe un examen d'imagerie par résonance magnétique à Trois-Rivières. 

Les images sont sans équivoque: «J'avais des masses importantes dans le médiastin, partout dans le cou… J'ai demandé à la médecin qui était sur place si c'était cancéreux et elle a hésité à se prononcer parce qu'il y a des protocoles à respecter, d'autres tests à faire avant d'obtenir le diagnostic… Elle a fini par me dire “Sûrement”», raconte-t-elle. 

Marie-Fée lui demande alors si elle va mourir, ce à quoi la médecin lui répond: «Je ne peux pas te le dire, mais nous allons tout faire pour que ça n'arrive pas.» 

Le voyage est annulé. 

Le 25 décembre, elle se rend au CHU Sainte-Justine pour la première fois. Débute alors un parcours de deux à trois semaines d'examens approfondis: biopsies, examens de tomodensitométrie, radiographies, prises de sang. L'objectif: obtenir un diagnostic complet et vérifier si son corps peut supporter la chimiothérapie. 

Face à cette annonce dévastatrice, Marie-Fée développe un mécanisme de défense. «Entre le 24 décembre et mon premier traitement, j'ai eu un gros blackout», confie-t-elle. Après avoir pleuré le 24 décembre, elle ne versera plus une larme pendant un mois et demi, jusqu'à son troisième cycle de chimiothérapie. «J'étais vraiment blasée. J'avais un poker face. C'est comme si je m’étais promis à moi-même que j'allais tout faire pour survivre. Je n’allais pas mourir», poursuit-elle. 

Six mois de combat

Les traitements commencent fin janvier 2020, après un protocole de préservation de la fertilité. Son protocole de chimiothérapie établi en fonction de son cancer – un lymphome hodgkinien de stade 3 – prévoit des cycles de trois semaines, dont quatre jours de traitement intensif à l’hôpital.  

«Pendant ces quatre premiers jours, je recevais de la chimiothérapie pendant 24 heures, puis pendant 12 heures. Je devais être à l'hôpital parce que j'avais de la chimiothérapie même la nuit, en intraveineuse… Ça te fout à terre», résume-t-elle simplement. 

Ses parents font la navette entre Saint-Élie-de-Caxton et Montréal – le trajet peut parfois prendre jusqu'à deux heures et quart – tout au long des six mois de traitement. 

Au cours de cette période, Marie-Fée trouve en elle une résilience qui lui permet de passer au travers des épreuves qu’elle subit. «Pendant que t'es dans les traitements, t'as une mission, dit-elle. C'est comme rassurant parce que, oui, t'as un problème, mais en même temps, t'as la solution, c'est le remède qu'on t'injecte.» 

La rémission et la renaissance

Heureusement, le 20 juin 2020, après six mois de chimiothérapie et trois semaines de radiothérapie au CHUM, l’examen de tomodensitométrie apporte la bonne nouvelle: il n'y a plus de traces de cancer. Marie-Fée est en rémission. 

Cette bonne nouvelle est cependant accompagnée d’un contrecoup.  

«Lorsque j'ai terminé tous mes traitements, j'ai réalisé ce que je venais de vivre et à quel point j'étais traumatisée. J'avais peur que le cancer revienne, c'était difficile de combattre cette anxiété», se souvient-elle.  

Après une période difficile, elle constate que son parcours au CHU Sainte-Justine l’a manquée de façon positive. Inspirée par son oncologue Josette Champagne, par la force tranquille des infirmières qui l'ont accompagnée et par les apprentissages qu'elle a faits à travers la maladie et ses traitements, elle a choisi d'étudier en sciences infirmières à l'Université de Montréal il y a deux ans. 

«J'adore vraiment ce que je fais», affirme Marie-Fée avec enthousiasme. Aujourd'hui en deuxième année, elle participe au programme du Centre d’excellence en développement des sciences infirmières du CHU Sainte-Justine, qui lui permet d’effectuer des stages et des externats dans l'établissement qui l'a soignée. 

Sa soif d'apprendre l'a amenée à animer des séances de collaboration interdisciplinaire comme patiente partenaire, une expérience qu'elle qualifie de «vraiment enrichissante». Elle a également pris part à un projet de recherche avec une infirmière-chercheuse de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont sur les services communautaires pour les jeunes adultes atteints de cancer, remportant même le prix coup de cœur du jury pour la présentation de son affiche scientifique. 

Mais la curiosité de Marie-Fée Pellerin ne se limite pas aux sciences infirmières. Son appétit intellectuel la pousse à envisager de multiples avenues: la médecine, bien sûr, mais aussi une maîtrise en pratique infirmière avancée, des études en génie ou encore la poursuite d'un doctorat. 

Parallèlement à ses études, elle s’est impliquée dans la Fondation CHU Sainte-Justine en y entraînant son père, Fred Pellerin. Pour Marie-Fée, il était essentiel de redonner à tout l'hôpital parce qu' «il n'y a pas une maladie qui est plus juste que les autres». Cet engagement lui a d'ailleurs valu le prix Jeunesse engagée par excellence en philanthropie 2025 de l'Association des professionnels en philanthropie. 

Aujourd'hui âgée de 20 ans, Marie-Fée Pellerin croise ses anciens soignants dans les couloirs du CHU Sainte-Justine en tant que future collègue. Ce changement de perspective illustre bien sa trajectoire: celle d'une jeune femme qui a transformé l'épreuve en vocation, sans pour autant renier sa curiosité intellectuelle ni son ambition. «Ce n'est pas fini encore!» conclut-elle. Et on la croit sur parole! 

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