Des archives remixées en direct à l’ONF

En 5 secondes À la Nuit blanche, le public a remixé des archives inédites de l’ONF pour créer des courts métrages, tandis que des étudiants en musique improvisaient en direct.

Pour la 23édition de la Nuit blanche, le 28 février, l’Office national du film du Canada (ONF) a proposé au public une expérience participative immersive intitulée «Archives: remixage». Les visiteurs étaient conviés à découvrir des archives inédites de l’ONF et à les assembler afin de créer un court métrage, tandis que des étudiantes et étudiants en musique de l’Université de Montréal, sous la supervision du professeur Pierre Michaud, improvisaient en direct les environnements sonores et musicaux. 

L’expérience, à laquelle participaient des étudiants et des étudiantes de la Faculté des beaux-arts de l’Université Concordia, a transformé l’ONF en un terrain de jeu créatif, où mémoire audiovisuelle et création contemporaine se sont rencontrées le temps d’une nuit. 

S’immerger dans des archives inédites

Dans l’Espace ONF situé dans le hall de l’îlot Balmoral, le public était happé dès son arrivée par un gigantesque mur interactif. Sur les écrans défilaient des images d’archives de l’ONF qui n’avaient jamais été dévoilées jusqu’à présent. Fragments du quotidien, moments collectifs, scènes de nature, films d’animation et expérimentations visuelles issus des 85 années d’existence de l’Office composaient cette matière première foisonnante, qu’ont sélectionnée des étudiantes et étudiants du programme Études cinématographiques et images en mouvement de l’Université Concordia. 

Le Carnaval de Québec, des scènes de hockey, les chutes du Niagara, une fleur qui pousse… Les visiteurs ont pu choisir des plans, puis les manipuler, les transformer et les réorganiser. Durant cinq minutes, en petits groupes, sur une table de montage, ils déterminaient le degré de pixelisation, la coloration, la texture des images et construisaient ensemble un scénarimage.  

À l’issue de chaque séance, un court métrage de trois minutes était créé et projeté en direct sur les murs de la salle.  

Quand la musique surgit

Face aux images fraîchement assemblées, neuf étudiantes et étudiants en musique de l’Université de Montréal découvraient les courts métrages en même temps que le public. Sans répétition, ils ont alors créé en direct des trames sonores originales. Ainsi, David Piazza, Jaden Brown, Mauve Robichez, Félix Rivest, Colin Dinard, Laurent Cauchy, Aurélie Théroux-Sénécal, Camille Rosset-Balcer et Samuel Falardeau se sont relayés tout au long de la soirée, de 18 h à 1 h du matin, mêlant instruments classiques, jazz, musique électronique, synthétiseurs et improvisation libre. Le professeur Pierre Michaud a également pris part aux performances, utilisant sa clarinette, une guitare électrique, des percussions ou encore la lecture de textes. 

Selon lui, cette absence de filet a précisément fait la richesse de l’expérience. «Le but, c’était de provoquer des rencontres entre disciplines et entre pratiques: jazz et musique numérique, improvisation libre et bruitage. Ce sont des mariages qui ne sont pas forcés», a-t-il expliqué. Les étudiants pouvaient parfois se répartir des rôles, mais ils disposaient de très peu de temps pour s’adapter à des images qui changeaient constamment. 

«On savait comment fonctionne le concept, mais on ignorait ce qui allait apparaître à l’écran», a dit Jaden Brown, étudiant au baccalauréat en musiques numériques. Responsable du bruitage en début de soirée, il avait apporté toute une collection d’objets du quotidien, tels que des chaussures, des éponges ou encore un étui à lunettes. 

«On découvrait les images en même temps que tout le monde, alors il fallait réagir instinctivement et accepter de ne pas tout contrôler. C’était tout un défi de ne pas savoir quelle serait la prochaine image à surgir», a-t-il raconté. Il a ainsi utilisé le froissement du papier pour accompagner un mouvement rapide, versé très lentement de l’eau dans un moule à gâteau pour souligner une scène aquatique ou frappé un plateau métallique afin de créer une tension soudaine. Selon lui, le bruitage était avant tout une forme de communication. «Même si je joue des objets, ça n’empêche pas que je communique d’une certaine façon: des mouvements, des montées, des descentes», a-t-il ajouté. 

Et son secret pour bien improviser? L’écoute. C’est ce qu’il a appris dans son cours de prise de son créative donné à la Faculté de musique de l’UdeM: l’écoute est essentielle à l’improvisation. «Dès que les gens s’écoutaient moins, qu’ils étaient plus concentrés sur ce qu’ils faisaient que sur ce qui se passait autour, ça fonctionnait moins dans nos improvisations. Pour moi, ce sont les mêmes atouts qu’on devrait avoir en communication: ce n’est pas juste ce qu’on est capable de dire qui importe, mais ce qu’on est capable d’entendre, de répondre, d’accepter aussi, et l’espace qu’on peut laisser aux autres», a indiqué l’étudiant. 

Quand création étudiante et patrimoine se rencontrent

Pour l’ONF, la 23e Nuit blanche aura aussi été une manière concrète de rendre accessibles ses archives. Avec plus de 14 000 œuvres produites et une quantité considérable de chutes de tournage jamais diffusées, l’Office souhaitait «ouvrir ses voûtes» et permettre au public de se réapproprier ces images. «Ces contenus appartiennent à tous les Canadiens et à toutes les Canadiennes. Les voir être remixés collectivement, c’est leur donner une nouvelle vie», a souligné Cecilia Ramirez, directrice artistique et productrice de la Nuit blanche à l’ONF. 

Cette activité a également mis en lumière les forces vives de la Faculté de musique de l’Université de Montréal. «L’innovation technologique et la virtuosité musicale sont au cœur de notre identité, rappelle Pierre Michaud. Cette initiative s’est inscrite naturellement dans les célébrations de notre 75e anniversaire, en offrant à nos étudiantes et étudiants une expérience concrète de création et de diffusion devant public.» 

Dans un contexte où l’audiovisuel occupe une place croissante dans les formations musicales, ce partenariat avec l’ONF marque le début d’une collaboration prometteuse. Le temps d’une nuit, des archives sont ainsi devenues une matière vivante, façonnée par le public et réinventée par la créativité étudiante. 

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