Face aux images fraîchement assemblées, neuf étudiantes et étudiants en musique de l’Université de Montréal découvraient les courts métrages en même temps que le public. Sans répétition, ils ont alors créé en direct des trames sonores originales. Ainsi, David Piazza, Jaden Brown, Mauve Robichez, Félix Rivest, Colin Dinard, Laurent Cauchy, Aurélie Théroux-Sénécal, Camille Rosset-Balcer et Samuel Falardeau se sont relayés tout au long de la soirée, de 18 h à 1 h du matin, mêlant instruments classiques, jazz, musique électronique, synthétiseurs et improvisation libre. Le professeur Pierre Michaud a également pris part aux performances, utilisant sa clarinette, une guitare électrique, des percussions ou encore la lecture de textes.
Selon lui, cette absence de filet a précisément fait la richesse de l’expérience. «Le but, c’était de provoquer des rencontres entre disciplines et entre pratiques: jazz et musique numérique, improvisation libre et bruitage. Ce sont des mariages qui ne sont pas forcés», a-t-il expliqué. Les étudiants pouvaient parfois se répartir des rôles, mais ils disposaient de très peu de temps pour s’adapter à des images qui changeaient constamment.
«On savait comment fonctionne le concept, mais on ignorait ce qui allait apparaître à l’écran», a dit Jaden Brown, étudiant au baccalauréat en musiques numériques. Responsable du bruitage en début de soirée, il avait apporté toute une collection d’objets du quotidien, tels que des chaussures, des éponges ou encore un étui à lunettes.
«On découvrait les images en même temps que tout le monde, alors il fallait réagir instinctivement et accepter de ne pas tout contrôler. C’était tout un défi de ne pas savoir quelle serait la prochaine image à surgir», a-t-il raconté. Il a ainsi utilisé le froissement du papier pour accompagner un mouvement rapide, versé très lentement de l’eau dans un moule à gâteau pour souligner une scène aquatique ou frappé un plateau métallique afin de créer une tension soudaine. Selon lui, le bruitage était avant tout une forme de communication. «Même si je joue des objets, ça n’empêche pas que je communique d’une certaine façon: des mouvements, des montées, des descentes», a-t-il ajouté.
Et son secret pour bien improviser? L’écoute. C’est ce qu’il a appris dans son cours de prise de son créative donné à la Faculté de musique de l’UdeM: l’écoute est essentielle à l’improvisation. «Dès que les gens s’écoutaient moins, qu’ils étaient plus concentrés sur ce qu’ils faisaient que sur ce qui se passait autour, ça fonctionnait moins dans nos improvisations. Pour moi, ce sont les mêmes atouts qu’on devrait avoir en communication: ce n’est pas juste ce qu’on est capable de dire qui importe, mais ce qu’on est capable d’entendre, de répondre, d’accepter aussi, et l’espace qu’on peut laisser aux autres», a indiqué l’étudiant.