Guerre commerciale et fédéralisme: Raymond Bachand à l’Université de Montréal

En 5 secondes Le 25 mars, l’UdeM accueillera Raymond Bachand lors du Dialogue en affaires publiques consacré aux implications d’une nouvelle offensive commerciale américaine pour le fédéralisme canadien.
L'événement qui se tiendra le 25 mars vise à examiner l’interdépendance économique des deux voisins et l’importance d’une réponse canadienne coordonnée.

Les nouvelles menaces tarifaires en provenance de Washington ravivent les incertitudes entourant les relations économiques entre le Canada et les États-Unis et laissent entrevoir une possible renégociation des règles commerciales nord-américaines.

Dans ce contexte, l’expérience de Raymond Bachand, ancien ministre du Québec et négociateur en chef de la province lors de la renégociation de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), en matière de négociations nord-américaines offre un éclairage précieux. Diplômé en droit de l’Université de Montréal, il a joué un rôle central dans les négociations commerciales de 2017-2018, et les enjeux alors débattus – des chaînes d’approvisionnement aux secteurs épineux comme l’automobile et l’agriculture – demeurent aujourd’hui encore au cœur des tensions. 

Le Dialogue en affaires publiques ayant pour titre Le fédéralisme canadien face à la guerre commerciale de Donald Trump, qui se tiendra à l’UdeM le 25 mars, vise précisément à examiner l’interdépendance économique des deux voisins et l’importance d’une réponse canadienne coordonnée.

Fédéralisme et chocs économiques

Pour Johannes Müller Gomez, chercheur postdoctoral à la Maison des affaires publiques et internationales et organisateur de l’événement, ces tensions commerciales constituent un révélateur du fonctionnement du fédéralisme canadien.

«Comparé à d’autres systèmes fédéraux, le Canada dispose d’une moins forte tradition de coopération entre Ottawa et les provinces, ce qui peut s’avérer déterminant dans sa capacité à faire face à des pressions extérieures, comme celles exercées par Washington», analyse-t-il.

Les relations commerciales internationales relèvent formellement du gouvernement fédéral, mais leurs répercussions économiques touchent directement les provinces. Les secteurs industriels, les politiques énergétiques ou encore les infrastructures stratégiques sont souvent sous compétence provinciale, ce qui rend la coordination entre Ottawa et les gouvernements provinciaux essentielle.

Dans un contexte de tensions commerciales, cette dynamique peut devenir particulièrement complexe. Les provinces peuvent être tentées de défendre leurs propres priorités économiques, tandis que le gouvernement fédéral doit chercher à maintenir une position cohérente face à ses partenaires internationaux.

«Malgré l’affirmation d’une approche en “équipe Canada”, l’idée d’un front véritablement uni face à Donald Trump reste fragile», affirme toutefois M. Müller Gomez. «Derrière le discours d’unité, les tensions intergouvernementales persistent, tout comme les initiatives unilatérales du gouvernement fédéral et des provinces.»

Ces enjeux s’inscrivent dans un champ de recherche plus large portant sur la gouvernance multiniveau et les relations intergouvernementales, des thèmes au cœur des travaux soutenus par la Maison des affaires publiques et internationales.

Expertise économique et expérience de négociation

La discussion réunira également Marcelin Joanis, directeur du Département de sciences économiques de l’UdeM, qui apportera notamment un éclairage sur les conséquences économiques des tensions commerciales et sur les marges de manœuvre du Canada.

Selon lui, l’incertitude commerciale peut avoir des effets importants sur l’économie.

«Malgré l’incertitude considérable causée par les politiques américaines depuis un an, l’économie mondiale a montré une résilience qui peut apparaître surprenante», indique-t-il. «Il en va de même au Canada, mais les plus récentes données économiques montrent des signes de ralentissement.»

Les menaces tarifaires ou les signaux politiques contradictoires peuvent ralentir les investissements et perturber les chaînes d’approvisionnement, particulièrement dans les secteurs fortement intégrés à l’économie américaine.

Dans ce contexte, la capacité du Canada à parler d’une seule voix devient un enjeu stratégique. Les mécanismes de coordination entre les différents ordres de gouvernement jouent un rôle déterminant dans la crédibilité et l’efficacité des positions canadiennes.

«Étant donné que ce sont les compétences du gouvernement fédéral qui sont interpellées en premier par la crise actuelle, les provinces devront demeurer vigilantes afin de s’assurer que leurs voix sont entendues», prévient le professeur Joanis.

L’expérience de négociation de Raymond Bachand permettra justement d’illustrer concrètement comment ces dynamiques se déploient dans les discussions commerciales nord-américaines.

Perspectives complémentaires

Le Dialogue réunira aussi Jeannine Ritchot, sous-ministre adjointe des Relations multilatérales et du Commerce intérieur au gouvernement du Canada, qui travaille depuis de nombreuses années sur les enjeux de coopération intergouvernementale et de commerce intérieur.

Elle partagera la perspective de la fonction publique fédérale sur la coordination entre Ottawa et les provinces, notamment dans le contexte des efforts visant à réduire les obstacles au commerce interprovincial et à renforcer la résilience économique du pays.

La discussion inclura Valérie Lapointe, directrice associée du Centre d’excellence sur la fédération canadienne à l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP). Ses travaux portent principalement sur les relations intergouvernementales et les transformations du fédéralisme canadien, avec un accent particulier sur les enjeux de commerce intérieur.

Enfin, le tout nouveau diplomate en résidence de l’UdeM, Stéphane Dion, conclura ces échanges. Ancien professeur de science politique à l’UdeM, ex-ministre fédéral et, jusqu’à tout récemment, ambassadeur du Canada en France, son expérience dans le domaine de la gouvernance publique, contribuera à éclairer le public sur les défis, mais aussi les possibilités, qu’offre le fédéralisme canadien pour faire face à un environnement international de plus en plus incertain.

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