L’Université de Montréal offre un microprogramme en éthique clinique. Le Dr Antoine Payot, professeur au Département de pédiatrie et responsable du programme, et la Dre Nathalie Gaucher, professeure agrégée de clinique au même département et membre du Bureau de l’éthique clinique de la Faculté de médecine de l’UdeM, nous présentent cette formation de deuxième cycle unique dans la Francophonie qui s’adresse à des profils variés ‒ en santé, sciences humaines, droit, administration de la santé ‒, à l’image des milieux de soins.
Microprogramme en éthique clinique: naviguer dans la complexité des soins
Avant tout, qu’est-ce que l’éthique clinique et quand y fait-on appel?
Antoine Payot: L’éthique clinique, c’est l’application concrète de la philosophie et de la bioéthique aux réalités du terrain. Elle porte sur des situations complexes vécues par les patients et les équipes de soins ‒ fin de vie, conflits de valeurs, diversité culturelle ou religieuse, allocation des ressources, etc. Dans ces zones grises où les différents points de vue s’entrechoquent, elle agit comme un espace de délibération rigoureuse. L’objectif n’est souvent pas de trouver la solution parfaite, mais celle qui sera la plus juste ‒ ou parfois la moins mauvaise ‒ en tenant compte des contraintes réelles.
Nathalie Gaucher: Les demandes en éthique clinique émanent souvent de situations de malaise, d’incertitude ou d’impuissance. Un exemple fréquent est le refus de traitement, chez un adulte ou pour un enfant, lorsque les conséquences peuvent être importantes. Ce type de situation nécessite une réflexion dans un cadre respectueux et sécuritaire. L’éthique clinique repose sur la communication, l’écoute et la capacité de faciliter les échanges, ainsi que sur l’analyse des faits et des valeurs en jeu. Elle s’inscrit aussi dans une approche de partenariat, où le patient est expert de son vécu et le clinicien des soins médicaux.
Pourriez-vous nous présenter les grandes lignes du microprogramme?
AP: Côté théorique, il s’appuie sur des repères issus de la philosophie, de la bioéthique, des sciences humaines et sociales – notamment la sociologie et l’anthropologie – ainsi que du droit. Côté pratique, il met à profit des situations vécues par des cliniciens. Les étudiantes et étudiants peuvent aussi assister aux réunions hebdomadaires de l’Unité d’éthique clinique du CHU Sainte-Justine, où se discutent des cas concrets. Un stage en éthique clinique complète la formation. Offert dans plusieurs établissements de soins, il permet de participer à des consultations dans divers milieux ‒ centres hospitaliers, centres jeunesse, CHSLD, organismes communautaires ‒ et de découvrir la complexité du terrain.
Créé en 2010, le programme a beaucoup évolué. À quels besoins répond-il aujourd’hui?
AP: Le programme a été entièrement actualisé après la pandémie et a fait l’objet de mises à jour régulières pour répondre à la transformation des milieux de soins sur les plans clinique et humain. La société évolue et les valeurs aussi. À cela s’ajoute la participation de patients partenaires, qui contribuent à la réflexion. L'expérience nous a aussi montré que les questions cliniques sont indissociables de l'organisation des soins. Le programme intègre donc aujourd'hui cette perspective «clinico-organisationnelle» pour briser les silos. Dans ce contexte, il devient nécessaire de mieux outiller les professionnels et de structurer ce champ en pleine évolution.
Quelles compétences acquiert-on dans ce programme?
AP: Il forme des personnes capables d’intervenir dans des situations où même les équipes les plus expérimentées peinent à trancher. On apprend à sortir de nos zones de confort, à clarifier les enjeux, à faire dialoguer des points de vue divergents et à intégrer les valeurs des patients et de leurs proches.
NG: Plusieurs personnes formées deviennent des références en éthique dans leur milieu: elles accompagnent les équipes, organisent des discussions, participent à la recherche et aux comités d’éthique et contribuent aux réflexions, y compris en gestion. La formation constitue ainsi un outil utile à tous les échelons du milieu de soins pour éclairer la prise de décision et transformer durablement les pratiques.
Ce microprogramme vous intéresse? Vous avez jusqu’au 1er juin pour déposer une demande d'admission.
Découvrez tous les programmes en éthique clinique de la Faculté de médecine de l’UdeM.