Chaque année, des collectionneurs québécois importent illégalement des plantes succulentes – ces espèces capables de stocker l’eau sous forme de suc, d’où leur nom – achetées sur eBay ou Etsy à des vendeurs situés en Europe et aux États-Unis, attirés par des prix pouvant être 10 fois inférieurs à ceux du marché local et par la possibilité de mettre la main sur des variétés introuvables au Québec.
Or, importer une plante au Canada exige un permis de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, un certificat phytosanitaire du pays exportateur et, pour les espèces protégées, des autorisations en vertu de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. Contourner ces exigences constitue une infraction.
C’est ce phénomène sur lequel s’est penchée Léanne Vincendon dans sa maîtrise à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, sous la direction des professeurs Masarah Paquet-Clouston et David Décary-Hétu. Ses travaux, dont les résultats ont été publiés dans la revue People and Nature, constituent l’une des premières études qualitatives sur ceux et celles qui se livrent à ce commerce illégal de succulentes.
Quatorze passionnés, un paradoxe
Pour son étude, Léanne Vincendon a recruté 14 personnes vivant au Québec et ayant importé illégalement au moins une espèce de succulente en ligne. Elle-même passionnée des plantes, elle est parvenue à recruter ces gens en sollicitant son réseau d’amateurs de plantes, des groupes Facebook spécialisés, puis en recourant à l’échantillonnage en boule de neige – une méthode où les participants initiaux en recommandent d’autres dans leurs réseaux –, idéale pour joindre des populations difficiles d’accès. Puis elle a réalisé avec eux des entretiens semi-dirigés.
Le profil des participants révèle d’emblée un paradoxe: huit d’entre eux possèdent une formation en horticulture, en biologie ou en science de l’environnement. Ces collectionneurs sensibilisés ont pourtant importé des plantes sans les documents requis – et, dans la grande majorité des cas, en toute connaissance de cause. «Ce sont des gens qui condamnent le braconnage et la cueillette illégale dans la nature, note la chercheuse. Mais ils décidaient quand même d’enfreindre la loi.»