Leucémies aigües: des ciseaux moléculaires pour modifier les cellules à protéger

Par UdeMnouvelles
En 5 secondes Pour la première fois au pays, des cellules souches sanguines ont été modifiées génétiquement avec la technologie CRISPR-Cas9 dans une étude clinique nord-américaine sur les cancers du sang agressifs.
La technologie de pointe appelée CRISPR‑Cas9 est une sorte de «ciseaux moléculaires» permettant de modifier l’ADN avec une grande précision.

Une étude clinique nord-américaine sur la greffe de cellules souches destinée au traitement des leucémies a été menée par la Dre Léa Bernard à l’Institut universitaire d’hématologie-oncologie et de thérapie cellulaire de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, affilié à l’Université de Montréal. Les résultats de cette étude, rendue possible grâce à l’expertise du Centre C3i, ont été publiés dans la revue Nature Medicine le 12 mai.  

La Dre Bernard, qui est aussi professeure à la Faculté de médecine de l’UdeM, est l’investigatrice principale de cette étude clinique pour le Canada, qui constitue une source d’inspiration pour de nouvelles façons de traiter d’autres cancers du sang.

Le défi actuel des leucémies aigües traitées à l’aide de cellules souches

Dans nombre de leucémies aigües, la greffe de cellules souches est le seul espoir de guérison; toutefois, celle-ci n’est pas garantie, car le taux de rechute à la suite de la greffe demeure élevé. Les nouvelles immunothérapies sont prometteuses, mais elles posent un problème de taille: elles attaquent non seulement les cellules cancéreuses, mais aussi les cellules sanguines normales, entraînant des effets secondaires importants. 

L’innovation apportée par les ciseaux moléculaires 

Pour contourner ce problème, l’équipe de recherche a utilisé une technologie de pointe appelée CRISPR‑Cas9, une sorte de «ciseaux moléculaires» permettant de modifier l’ADN avec une grande précision. L’équipe a d’abord enlevé la molécule CD33 des cellules prélevées chez le donneur, puis a injecté ces «nouvelles» cellules aux patients.  

La molécule CD33 est présente à la fois sur les cellules cancéreuses du patient et sur les cellules sanguines saines du donneur. Les médicaments anti-CD33 sont efficaces contre le cancer, mais ils détruisent aussi ces cellules saines, causant des effets secondaires majeurs. En supprimant le gène CD33 des cellules souches du donneur grâce à CRISPR-Cas9 avant la greffe, on les rend invisibles aux médicaments.  

Résultat: après la greffe, les nouvelles cellules sanguines du patient issues de ces cellules souches modifiées ne portent plus ce marqueur CD33. Le traitement peut alors cibler et détruire exclusivement les cellules leucémiques résiduelles, sans toucher au nouveau système sanguin du patient, ce qui réduit le risque de rechute.    

Des greffons produits à Montréal 

C’est la première fois qu’une telle modification génétique de cellules est réalisée dans un laboratoire canadien, avec l’injection par la suite de ces cellules à des êtres humains. C’est grâce au Centre d’excellence en thérapie cellulaire, une installation de biomanufacture à la fine pointe de la technologie, et à l’expertise du Centre C3i, tous deux basés à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, que des patients d’un peu partout en Amérique du Nord ont pu participer à cette étude pour laquelle tous les greffons ont été produits à Montréal.  

Cette importante avancée illustre comment la médecine de précision et l’édition génétique peuvent, ensemble, améliorer concrètement les soins prodigués aux patients: «Elle démontre notre expertise en production de cellules modifiées et le rayonnement international potentiel de ce savoir-faire. Elle ouvre également la voie à la mise au point de traitements après la greffe encore plus efficaces et mieux tolérés par les patients», a souligné la Dre Bernard.

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