Une composition inédite du doctorant Luis Ernesto Peña Laguna en vedette à Voces Boreales

En 5 secondes Le réputé chœur de chambre Voces Boreales célébrera ses 20 ans avec une œuvre commandée pour l’occasion à un étudiant de l’UdeM. Le concert aura lieu le 6 juin à la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours.

Entendre sa création interprétée pour la première fois constitue un moment de grande émotion dans la vie d’un compositeur.  

«Le principal sentiment qui m’habite est la gratitude. Je me considère comme très chanceux chaque fois qu’un interprète accepte de jouer ma musique et plus encore lorsqu’il s’agit d’un ensemble réputé tel que Voces Boreales», confiait récemment le doctorant de la Faculté de musique de l’Université de Montréal Luis Ernesto Peña Laguna.  

Son œuvre sera le point culminant d’une soirée consacrée au fleuve Saint-Laurent et plus généralement à la force de l’eau dans le rapprochement des cultures. Elle s’intitule Omi, soit «eau» dans la langue rituelle afro-cubaine lucumi. La pièce lui a été commandée à l'occasion des 20 ans du chœur.  

«L’eau de Cuba, comme le fleuve Saint-Laurent, trace un chemin où les cultures se rencontrent et se répondent. Il y a dans Omi des traces de chant folklorique, et cette mémoire culturelle se mélange avec la culture de ma deuxième patrie. Omi est une quête d’équilibre intérieur», souligne le compositeur.  

La voix chorale classique, la voix parlée-voilée ainsi que certaines dégradations et transformations du timbre consonantique résonneront dans la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours le 6 juin. La note mi, entendue tout au long de l’œuvre grâce à des verres de cristal, donnera un aspect rituel, voire incantatoire, à la pièce de 5 minutes 41 secondes. 

«J’essaie d’imaginer la dernière note d’Omi et je me surprends à visualiser les visages heureux dans le public», dit-il.  

Un voyage musical et linguistique  

Originaire de Cuba, Luis Ernesto Peña Laguna pose ses valises à Montréal en 2013, après avoir fait de brillantes études en direction d’orchestre, en composition musicale et en pédagogie à Santiago de Cuba et à La Havane. À son arrivée ici, avant toute chose, il se met à l’apprentissage du français avec l’ardeur disciplinée qui le caractérise. Il se joint ensuite à une chorale et y rencontre le professeur (aujourd’hui retraité) Alan Belkin, de la Faculté de musique de l’UdeM, avec qui il entamera en 2017 ses études de maîtrise en composition.  

Peu de temps après, l’étudiant apprend que le ministère de l’Éducation du Québec reconnaît sa maîtrise obtenue à Cuba. Cette bonne nouvelle ne l’empêchera pas de poursuivre ses études de deuxième cycle ici, puis, sur la lancée, de plonger dans la scolarité du doctorat en composition et création sonore auprès de Jimmie LeBlanc, professeur adjoint de composition à la Faculté de musique. 

«La démarche de Luis Ernesto se démarque par sa profondeur et son originalité, résume le professeur. Il travaille à approfondir les liens entre le langage musical et l’expression de la spiritualité non seulement pour rendre compte de ce champ important dans toute l’histoire de la création musicale, mais aussi pour trouver sa place en tant que compositeur s'inscrivant dans cette lignée.» 

Recherche-création 

«La création est une conversation avec soi qu’il est impossible de planifier. Ainsi, une question surgit, à laquelle je tente de répondre avec ma musique, qui déclenche une nouvelle interrogation. Avec le temps, au fil des difficultés rencontrées dans mon parcours de migrant, ces questions ont revêtu une couleur spirituelle. Il y a beaucoup de points communs entre les religions, et j’essaie de les réunir par la musique. Mes pièces ne sont pas nécessairement religieuses, toutefois, elles peuvent mener à un état méditatif», souligne le compositeur né en 1983 dans la ville de Las Tunas. 

Un rêve 

La grande motivation derrière les études du doctorant prend la forme d’un rêve, celui de devenir, un jour, professeur d’université. «Je suis tombé très jeune dans la marmite. Ma mère a été enseignante toute sa vie et les copies à corriger sur la table de la salle à manger faisaient partie de notre quotidien. Elle m’a transmis sa passion», raconte-t-il. 

Depuis le début de ses études de doctorat, en 2022, Luis Ernesto Peña Laguna donne chaque automne le cours Initiation à la théorie musicale. «Lorsque vous enseignez, vous donnez à 25 personnes et vous recevez de 25 personnes», mentionne-t-il, un sourire dans la voix. 

«Lorsque j’ai quitté Cuba, c’était pour réaliser mon rêve de devenir professeur un jour. La motivation à poursuivre mon doctorat, elle est là», ajoute-t-il. 

Dès sa première année d’école, le petit Luis Ernesto fréquente un établissement où tous les après-midis sont consacrés à l’apprentissage de la musique. Durant sa jeune adolescence, dans un cours de composition musicale, il présente un jour à son professeur une feuille blanche en invoquant une panne d’inspiration. Explication jugée irrecevable!  

«Ce professeur m’a fait comprendre que composer de la musique, c’est comme fabriquer une paire de chaussures. Chaque jour, il faut avancer, faire deux ou trois mesures jusqu’à ce qu’il en émane une œuvre. La leçon est restée», observe-t-il. 

Au cours des dernières années, Luis Ernesto Peña Laguna a côtoyé plusieurs chorales scolaires et parascolaires, notamment en dirigeant le chœur du Collège Stanislas et en composant une pièce pour les Petits Chanteurs du Mont-Royal. Plus globalement, ses œuvres ont été jouées à de nombreux concerts et festivals, notamment à Cuba, en France et aux États-Unis ainsi qu’au Canada et au Québec, avec le Chœur Métropolitain et l’Orchestre Métropolitain sous la direction de Yannick Nézet-Séguin. 

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