Avant qu’un article scientifique soit publié, il doit passer entre les mains de spécialistes chargés d’en évaluer la rigueur. Ce processus, appelé évaluation par les pairs, est considéré depuis des décennies comme le principal garde-fou de la qualité scientifique.
Or, il est de plus en plus contesté.
En effet, les revues savantes peinent à recruter des évaluateurs spécialisés – dans des domaines de recherche de plus en plus pointus – et les rapports qu’ils produisent sont d’une qualité variable et remis dans des délais qui s’étirent.
Ce sont là les conséquences d'un déséquilibre structurel: les chercheuses et les chercheurs sont soumis à une forte pression pour publier et évaluer les travaux de leurs pairs est une tâche chronophage qui leur apporte bien moins de reconnaissance que la publication de leurs propres travaux.
«L’évaluation par les pairs peut aussi être un mécanisme de contrôle et de définition de ce qui est considéré comme “vraiment scientifique”», dit Lucía Cespedes, conseillère à la recherche à Érudit à l’Université de Montréal et coauteure du Rapport sur l’évaluation ouverte, qu’a récemment fait paraître le Réseau québécois de recherche et de mutualisation pour les revues scientifiques (Réseau Circé).
Et derrière l’anonymat des évaluateurs, qui est présenté comme une garantie d’impartialité, se glissent des biais que personne ne peut remettre en question. Le modèle dominant – l’évaluation en double aveugle, où ni l’auteur ni l’évaluateur ne connaissent l’identité de l’autre – ne s’est imposé comme norme qu’à partir des années 1970.
Plusieurs décennies plus tard, ses limites sont bien établies et un mouvement pour l’évaluation ouverte prend de l’ampleur dans les milieux savants afin d’accroître la transparence, la collaboration et la responsabilité partagée au sein d’un processus actuellement plutôt opaque.