Emma Frejinger est nommée conseillère spéciale en IA et en numérique

En 5 secondes La professeure du DIRO, titulaire de deux chaires de recherche, soutiendra les aspects stratégique, éthique et opérationnel de plusieurs projets de l’Université de Montréal.
Emma Frejinger, professeure au Département d'informatique et de recherche opérationnelle de l'Université de Montréal

L’Université de Montréal franchit une nouvelle étape de son virage numérique en nommant Emma Frejinger conseillère spéciale en intelligence artificielle (IA) et en numérique. La professeure du Département d’informatique et de recherche opérationnelle (DIRO) se joindra au Vice-rectorat à la recherche et à l’innovation à compter du 14 septembre.

Elle aura pour mandat de soutenir les aspects stratégique, éthique et opérationnel des projets liés à la recherche en intelligence artificielle, à la transformation numérique en recherche et à la valorisation des données de recherche à l’UdeM.

Titulaire d’une chaire de recherche du Canada et d’une chaire de recherche industrielle financée par le Canadien National (CN), Emma Frejinger travaille à élaborer des combinaisons novatrices de méthodes d’apprentissage automatique et de recherche opérationnelle pour résoudre des problèmes de prise de décision en incertitude.

Elle possède une vaste expérience de collaboration avec l’industrie, particulièrement dans le secteur des transports. Depuis 2018, elle est conseillère scientifique pour IVADO Labs, une organisation à but non lucratif, où elle contribue à la mise au point de solutions d’IA destinées à l’industrie des chaînes d’approvisionnement. De plus, elle agit à titre de témoin experte et est membre affiliée académique de la firme de consultation Groupe d’analyse.

Avant de se joindre à la communauté de l’UdeM en 2013, elle était membre du corps professoral de l’Institut royal de technologie KTH en Suède. Elle est en outre docteure en mathématiques de l’École polytechnique fédérale de Lausanne.

«En collaboration avec les unités concernées ainsi qu’IVADO et Mila, Emma Frejinger contribuera à faire de l’Université de Montréal un acteur de premier plan en recherche et en innovation numériques, a indiqué Vincent Poitout, vice-recteur à la recherche et à l’innovation de l'UdeM. Elle participera au rayonnement institutionnel et à l’élaboration d’une vision cohérente, mobilisatrice et durable du numérique et de l’IA au service de la mission universitaire.»

Nous avons demandé à la nouvelle conseillère spéciale de nous parler de son parcours et de son nouveau rôle.

Questions Réponses

L’IA et ses forces et faiblesses sont discutées partout de nos jours. Selon vous, quel avenir nous réserve-t-elle dans le monde universitaire et à l’UdeM en particulier?

Même s’il y a beaucoup d’incertitude autour de l’avenir de l’IA, elle touche et continuera certainement de toucher le monde universitaire de façon considérable et sur plusieurs plans, dont ceux de l’enseignement, de l’administration et de la recherche. Ce que l’avenir nous réserve dépend de l’avenir que nous façonnons et de la manière dont nous choisissons d’avancer et d’adopter cette technologie. Je n’ai pas de réponse précise et c’est justement une motivation dans la prise de mes nouvelles fonctions. Dans mon propre domaine de recherche, l’IA a déjà transformé la façon dont nous menons nos travaux de recherche, les questions que nous posons et elle nous permet de franchir de nouvelles frontières. L’avancement de la recherche dans mon champ d’activité a aussi suscité chez moi des préoccupations liées à l’impact environnemental, à la souveraineté numérique, au rôle de l’intelligence humaine et, plus largement, à la place de l’être humain. Je suis convaincue que les chercheuses et chercheurs de toutes les disciplines, qu’ils adoptent l’IA ou non, qu’ils travaillent à son développement ou non, doivent réfléchir aux répercussions futures de cette technologie sur leur domaine et sur la société en général. J’ai aussi la conviction que le monde universitaire et l’UdeM en particulier comme acteur de premier plan ont un rôle fondamental à jouer afin de bâtir un avenir dans lequel l’IA est au service de notre société et des personnes qui la composent.

Votre parcours de formation vous a conduite en Suisse et en Suède: comment l’exemple européen en matière de gestion de l’IA diffère-t-il de nos pratiques ici, en Amérique du Nord?

On pourrait voir la gestion de l’IA sous différents angles et il y a effectivement des différences qui distinguent l’Europe de l’Amérique du Nord. Une différence notable réside dans la règlementation: l’Union européenne a adopté une loi sur l’IA, alors qu’il n’y a pas encore de cadre équivalent en Amérique du Nord. Le Canada a récemment publié la stratégie nationale L'IA pour tous. Elle désigne l’adoption de l’IA comme un moteur majeur de l’innovation. Comme citoyenne suédoise et citoyenne canadienne, je fais régulièrement des observations anecdotiques sur les similitudes et les différences entre nos pays et je vois beaucoup de similitudes entre le Québec et la Suède qui, par ailleurs, ont des populations de tailles comparables. Si je combine mes observations avec quelques statistiques, il y a des différences qui m’intriguent: la force canadienne en recherche fondamentale en IA, solidement représentée au Québec, se distingue nettement de celle de la Suède, alors que la Suède devance le Canada sur le plan de l’adoption de l’IA dans les entreprises. J’aimerais approfondir cette question davantage pour comprendre si l’on peut tirer parti des stratégies suédoises pour renforcer l’adoption responsable de l’IA dans les contextes québécois et canadien.

Vous êtes spécialiste du transport et des chaînes d’approvisionnement. Quelles leçons tirez-vous de ce secteur pour la transformation numérique en recherche scientifique dans les universités?

L’industrie du transport et des chaînes d’approvisionnement est riche en données, mais celles-ci sont souvent cloisonnées et sensibles sur le plan commercial, ce qui soulève un enjeu de confidentialité. Dans les projets de recherche collaboratifs avec le CN, nous avons conçu des méthodologies qui permettent d’exploiter des données auparavant compartimentées. Pour des problèmes de décision, comme la planification des mouvements de conteneurs dans le réseau ferroviaire, la valeur de lier des données peut être très grande. Nous avons également observé que les problèmes définis par des données réelles peuvent être scientifiquement plus difficiles que des problèmes théoriques synthétisés. Cependant, il y a une tension entre l’usage de données confidentielles d’une part et la publication ouverte, la réutilisation des données et la reproductibilité des résultats d’autre part. Nous avons abordé cette tension en créant des générateurs de données synthétiques qui préservent les caractéristiques essentielles à la contribution scientifique. Nous pouvons ainsi transmettre nos résultats de recherche à la communauté scientifique et assurer leur reproductibilité tout en préservant la confidentialité des données. Ces questions ne sont pas propres aux données de l’industrie. Des données précieuses pour la recherche demeurent souvent cloisonnées au sein du monde universitaire. Les solutions adéquates doivent tenir compte des réalités spécifiques aux différents domaines de recherche et je souhaite explorer avec les chercheurs et chercheuses les occasions et les défis qu’ils rencontrent. Décloisonner les données et faciliter leur réutilisation, tout en respectant la confidentialité des données sensibles, pourrait accroître les retombées de la recherche.

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