Dominic Forest, nouveau directeur scientifique des Presses de l’Université de Montréal

En 5 secondes Professeur à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information, Dominic Forest a été nommé directeur scientifique des Presses de l’Université de Montréal.
Dominic Forest a été nommé directeur scientifique des Presses de l’Université de Montréal.

Depuis le 1er juin, Dominic Forest, professeur à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal, est le nouveau directeur scientifique des Presses de l’Université de Montréal (PUM). Celui qui enseigne depuis bientôt 20 ans est également responsable de deux programmes en édition numérique, rédacteur en chef de la revue Digital Studies / Le champ numérique et chercheur affilié au Centre de recherche interuniversitaire sur les humanités numériques. Ses travaux se situent au carrefour de l’intelligence artificielle, des sciences de l’information et des humanités numériques.

Son parcours dans les domaines de la publication savante et du numérique l’a naturellement conduit vers les PUM. À l’occasion de sa nomination, il nous parle de son nouveau rôle, des défis de l’édition scientifique et, surtout, de la portée grandissante de l’intelligence artificielle (IA).

Questions Réponses

Quel est votre rôle comme directeur scientifique des PUM?

Mon rôle principal consiste à conseiller la direction des PUM sur toutes les questions liées à leur développement. Je travaille en étroite collaboration avec le directeur général, mais j’interviens davantage dans le volet scientifique que dans les aspects plus opérationnels des PUM.

Cette fonction s’inscrit dans la continuité de ce que je fais depuis 25 ans. Je suis engagé de différentes manières dans le domaine de la publication savante, que ce soit comme auteur, comme directeur de collection, comme éditeur scientifique ou comme rédacteur en chef. Je suis également responsable du diplôme d’études supérieures spécialisées et du microprogramme en édition numérique.

Quels sont les principaux enjeux qui vous préoccupent pour l’avenir de l’édition scientifique?

Je vois quatre grands enjeux.

Le premier enjeu est celui du financement et il touche toutes les presses universitaires au pays. Pour être honnête, la situation est critique pour plusieurs d’entre elles. Les divers programmes gouvernementaux de soutien à l’édition scientifique doivent absolument être rehaussés et en premier lieu celui de la Fédération des sciences humaines du Canada. Son programme Subvention du livre savant n’a pas été majoré depuis plus de 20 ans. Il faut également que nos établissements respectifs soutiennent adéquatement leurs presses. Les PUM figurent parmi les presses les plus primées au Canada et représentent une formidable vitrine pour l’Université de Montréal.

Le deuxième enjeu est celui de la science ouverte et du libre accès. On parle beaucoup de libre circulation des idées, mais il faut aussi considérer la libre circulation des données de recherche et situer le libre accès dans le contexte plus large de la science ouverte.

Il faut toutefois réfléchir à la façon de concilier les principes du libre accès avec les contraintes économiques de l’édition scientifique. Des programmes d'aide à l'édition scientifique arrivent dans une certaine mesure à bien couvrir les frais de production et de publication des articles scientifiques. À titre de rédacteur en chef d'une revue numérique publiée en libre accès, j'arrive à la faire fonctionner grâce au financement que j'obtiens entre autres du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. Mais publier des livres coûte beaucoup plus cher que publier des articles. Il faut donc se demander s’il existe des modèles qui permettraient d’assurer la pérennité d’une publication en libre accès tout en respectant les obligations financières d’une maison d’édition scientifique.

Le troisième enjeu est celui du numérique. La communauté scientifique est très demandeuse de documents numériques, mais leur diffusion soulève la question du piratage. À partir du moment où un livre est disponible en format PDF, il devient très difficile d’en contrôler la circulation. Il y a donc une réflexion à mener sur les formats et les technologies afin de limiter les diffusions illégales.

Et le quatrième enjeu est celui de l’intelligence artificielle.

Comment l’intelligence artificielle va-t-elle transformer l’édition scientifique?

L’intelligence artificielle est en train de poser des défis très importants dans le domaine de l’édition scientifique, et nous ne savons pas encore exactement quelle forme cela va prendre pour la suite.

Comme rédacteur en chef d’une revue, je suis déjà confronté à des textes qui sont en partie, et parfois en très grande partie, produits par des algorithmes d’intelligence artificielle. Cela soulève des questions d’éthique, de propriété intellectuelle et sur la définition même de ce qu’est un auteur.

Il y a aussi un enjeu fondamental de qualité. Les outils d’intelligence artificielle peuvent, par exemple, inventer des informations ou des références bibliographiques. Il m’arrive régulièrement de recevoir des articles qui citent des travaux qui n’existent pas! Il faut donc maintenant vérifier des choses qui, il y a 20 ans, semblaient aller de soi.

La question est de savoir ce qu’on permet aux auteurs et ce qu’on ne leur permet pas, comment ils doivent déclarer leur utilisation de l’IA et comment s’assurer de la qualité de ce qui est publié.

Je ne pense pas qu’il faille interdire l’utilisation de l’intelligence artificielle. Il faut plutôt réfléchir à la manière d’éviter les dérapages. L’IA générative va bouleverser les pratiques de l’édition scientifique. Il vaut mieux envisager ses conséquences dès maintenant pour être en mesure d’y faire face.

Pour Dominic Forest, cette réflexion s’inscrit pleinement dans son nouveau rôle aux PUM. Il voit sa nomination comme une façon de poursuivre un parcours consacré depuis longtemps au numérique et à la publication savante et de contribuer autrement à l'avancement de la communauté de l’Université de Montréal. «C’est vraiment un honneur de continuer le travail qui a été fait par mes prédécesseurs», souligne-t-il.

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