Une seule nuit de sommeil prolongé réduit la fatigue des hockeyeurs

En 5 secondes Une seule nuit de sommeil prolongé suffit à réduire la fatigue et à améliorer la performance cognitive de jeunes hockeyeurs, selon une étude de l’UdeM menée auprès des joueurs des Remparts de Québec.

Et si la clé pour récupérer d'un entraînement perçu comme difficile tenait en une seule nuit de sommeil un peu plus longue que d'habitude?  

C’est ce que tend à démontrer une étude menée auprès des joueurs des Remparts de Québec par le professeur Guido Simonelli et son équipe de recherche au Département de médecine de l’Université de Montréal: un tel allongement suffit à réduire la fatigue ressentie et à améliorer les résultats obtenus dans l’exécution d’une tâche cognitive exigeante.  

Une fatigue qui pèse, une récupération qui compte 

Il faut savoir que, chez les jeunes athlètes de haut niveau, la fatigue fait partie du quotidien. Entre les entraînements, les compétitions et les cours suivis à distance, le sommeil est souvent la première chose sacrifiée. 

Pourtant, le sommeil demeure un levier de récupération parmi les plus accessibles et les moins coûteux dont disposent les athlètes, à condition de savoir l'utiliser efficacement. 

«On sait depuis longtemps que le manque de sommeil nuit à la performance, mais on connaît beaucoup moins bien l'effet inverse, soit ce qui se passe quand on prolonge le sommeil au cours d'une seule nuit, signale Guido Simonelli. Ce genre de stratégie ponctuelle est réaliste pour un athlète durant la saison, contrairement à un allongement du sommeil sur plusieurs jours consécutifs, qui est plus difficile à intégrer dans une routine.» 

Pour vérifier cette hypothèse, l'équipe de recherche s'est tournée vers la formation des Remparts de Québec, club de la Ligue de hockey junior Maritimes Québec.  

Il importe de souligner que cette étude a bénéficié d’un soutien financier de Polysleep, une entreprise québécoise spécialisée dans les produits de sommeil. Le projet comprenait également un volet de mobilisation des connaissances qui prévoit une formation destinée aux Remparts sur le sommeil et la performance sportive. Cette formation sera offerte en collaboration avec Somnolence+, un organisme à but non lucratif spécialisé dans la promotion de la santé du sommeil.

Reproduire une vraie semaine de hockey junior

Vingt-deux joueurs âgés en moyenne de 17 ans ont participé à l'étude. Chacun a connu une nuit de sommeil normal de 7 heures et une nuit de sommeil prolongé de 10 heures, dans un ordre déterminé au hasard, séparées par un intervalle de cinq jours. 

L'expérience s'est déroulée en septembre 2024, pendant le camp préparatoire de l'équipe, à un moment où l'horaire d'entraînement et de compétition était stable d'une semaine à l'autre et où aucune période d'examens ne venait alourdir la charge scolaire des joueurs. 

Comme il n'était pas possible de retarder l'heure du réveil, fixée autour de 6 h 45 pour permettre aux joueurs de se présenter à l'aréna dès 8 h, l'allongement du sommeil a été obtenu en avançant l'heure du coucher.  

Après chaque nuit, les joueurs prenaient part à un entraînement de hockey de deux heures, suivi d'une tâche cognitive exigeante de 30 minutes inspirée du test de Stroop: il s'agissait de nommer le plus rapidement possible la couleur dans laquelle un mot était écrit en ignorant le mot lui-même, qui désignait souvent une couleur différente. 

Leur fatigue perçue, leur vigilance et leur performance neuromusculaire ont été mesurées à trois reprises, soit avant et après l'entraînement, ainsi qu’après la tâche cognitive. 

Plus de sommeil, moins de fatigue 

Les données montrent que les joueurs ont dormi en moyenne 424 minutes lors de la nuit normale, contre 491 minutes lors de la nuit de sommeil prolongé, soit une hausse de 16 %. 

La qualité du sommeil, le délai d'endormissement et le temps d'éveil nocturne sont demeurés similaires entre les deux conditions, «ce qui indique que dormir plus longtemps n’a pas altéré les différentes phases du sommeil», précise Guido Simonelli.  

Sur le plan cognitif, le temps de réponse à la tâche exigeante s'est amélioré de 8 % après la nuit de sommeil prolongé, tandis qu'aucune amélioration comparable n'a été observée après une nuit de sommeil normal. La fatigue perçue a quant à elle diminué de 23 % à la suite du sommeil prolongé. 

«Ce qui nous a frappés, c'est que ces avantages sont apparus après une seule nuit chez des athlètes qui dorment habituellement autour de sept heures, mentionne le professeur. Même une amélioration modeste peut avoir des effets positifs chez des athlètes d'élite, dont les marges de progression sont restreintes en raison de leur forme physique déjà à un niveau élevé.» 

Pas d’améliorations pour tous les tests  

En revanche, le sommeil prolongé n'a produit aucun effet mesurable sur une tâche de vigilance plus brève, d'une durée de 3 minutes, ni sur la hauteur de saut ou la force de préhension des joueurs. Ces trois mesures ont suivi le même profil dans les deux conditions, s'améliorant après l'entraînement avant de revenir à des valeurs de référence. 

«La durée de la tâche semble jouer un rôle déterminant, dit Guido Simonelli. Une tâche cognitive de 30 minutes met à l'épreuve l'endurance mentale, ce qu'une tâche de 3 minutes ne fait pas, et c'est probablement pour cette raison que les effets du sommeil prolongé se manifestent surtout dans ce type d'épreuve plus long.» 

Il avance l'hypothèse que ces effets s'expliquent par le rôle du cortex préfrontal dorsal, «une région du cerveau associée à la régulation de l'effort perçu et du contrôle cognitif, aussi sollicitée par la tâche utilisée dans l'étude, ajoute Giorgio Varesco, postdoctorant et premier auteur de l’article. Le sommeil prolongé pourrait ainsi améliorer le fonctionnement de cette région, ce qui expliquerait le maintien de la performance pour une tâche cognitive longue et exigeante».

Des questions qui restent ouvertes

Comme les travaux ont été réalisés auprès d'une seule équipe masculine, les résultats ne peuvent être généralisés, notamment aux jeunes athlètes féminines. Les joueurs n'étaient pas non plus «en aveugle» quant à la condition expérimentale à laquelle ils étaient soumis, ce qui n'exclut pas un effet placébo lié à la perception d'avoir davantage dormi. 

«Nos résultats montrent qu'une stratégie simple et peu coûteuse peut aider à atténuer la fatigue chez de jeunes athlètes d'élite, sans recours à des approches pharmacologiques, conclut Guido Simonelli. Reste maintenant à vérifier si ces avantages se traduisent aussi par une meilleure performance sur la glace et s'ils se maintiennent à différents moments de la saison.»

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