Une question de synchronisation
Ce nouveau protocole de recherche vise à évaluer si une stimulation auditive en boucle fermée peut renforcer la dynamique des ondes delta lors d’une anesthésie et ainsi contribuer à stabiliser cet état sans nécessairement augmenter la dose d’anesthésiques.
Concrètement, il s’agit d’envoyer de courts sons semblables à de légers «clics» à des moments précis du cycle des ondes cérébrales, elles-mêmes surveillées en temps réel par électroencéphalographie.
«On utilise du bruit rose, précise Catherine Duclos. Contrairement au bruit blanc, qui a une puissance égale dans toutes les bandes de fréquences, le bruit rose est plus intense dans les basses fréquences, mais il contient quand même toutes les fréquences. Ça sonne un peu comme le bruit d’une chute d’eau, mais qui dure 50 millisecondes.»
Le moment choisi est crucial, poursuit la chercheuse. Si le son est synchronisé avec le sommet de l’onde, il peut en augmenter l’amplitude, rendant l’onde plus «forte». En revanche, s’il est envoyé au creux de l’onde, il peut perturber l’activité cérébrale.
Une étude embryonnaire
Pour l’instant, les tests ont été réalisés sur un nombre très limité de patients. Malgré cela, les résultats préliminaires montrent que, sous anesthésie, stimuler le cerveau avant le creux de l’onde pourrait être plus efficace pour amplifier les ondes delta. «C’est un résultat inattendu, car il diffère de ce qui est observé en contexte de sommeil», note Catherine Duclos.
La chercheuse et son équipe poursuivent donc leurs travaux pour confirmer ces observations, mieux comprendre les mécanismes en jeu et déterminer les conditions optimales d’utilisation de cette approche.
Une autre question qui persiste concerne la douleur. Au cours d’une chirurgie, même si le patient est inconscient, le corps réagit aux stimulus douloureux. Cette nociception fait aussi fluctuer l’activité cérébrale et rend l’anesthésie moins profonde.
Selon la professeure, si la stimulation auditive fonctionne, elle pourrait compenser ces perturbations en maintenant des ondes delta fortes malgré la douleur. Donc, il serait possible de limiter l’administration supplémentaire de médicaments pendant l’opération, indique-t-elle.