Et si de simples sons pouvaient accroître l’effet de l’anesthésie?

En 5 secondes Une équipe de recherche fait le pari qu’une stimulation auditive pourrait amplifier certaines ondes cérébrales chez des patients sous anesthésie afin de stabiliser ou d’approfondir cet état.
Catherine Duclos place un filet d’électrodes EEG sur la tête d'un participant.

Dans le cerveau, certaines ondes électriques sont associées à des états bien précis. Les ondes delta – aussi appelées ondes lentes – sont particulièrement présentes dans les phases de sommeil profond, mais aussi dans des états d’inconscience comme le coma ou l’anesthésie générale. On considère qu’elles constituent ainsi une «signature» de ces états où la conscience est altérée. 

Il y a plus de 10 ans, la recherche a montré qu’il était possible d’amplifier ces ondes lentes grâce à une stimulation auditive très précise, une technique d’abord étudiée dans un contexte de sommeil. 

Une équipe de recherche a eu l’idée d’appliquer cette technique en contexte médical. 

Derrière ce pari se trouve Catherine Duclos, professeure au Département d’anesthésiologie et de médecine de la douleur et au Département de neurosciences de l’Université de Montréal et chercheuse au Centre d’études avancées en médecine du sommeil et au Centre intégré de traumatologie de l’Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal. 

Une question de synchronisation 

Ce nouveau protocole de recherche vise à évaluer si une stimulation auditive en boucle fermée peut renforcer la dynamique des ondes delta lors d’une anesthésie et ainsi contribuer à stabiliser cet état sans nécessairement augmenter la dose d’anesthésiques. 

Concrètement, il s’agit d’envoyer de courts sons semblables à de légers «clics» à des moments précis du cycle des ondes cérébrales, elles-mêmes surveillées en temps réel par électroencéphalographie. 

«On utilise du bruit rose, précise Catherine Duclos. Contrairement au bruit blanc, qui a une puissance égale dans toutes les bandes de fréquences, le bruit rose est plus intense dans les basses fréquences, mais il contient quand même toutes les fréquences. Ça sonne un peu comme le bruit d’une chute d’eau, mais qui dure 50 millisecondes.» 

Le moment choisi est crucial, poursuit la chercheuse. Si le son est synchronisé avec le sommet de l’onde, il peut en augmenter l’amplitude, rendant l’onde plus «forte». En revanche, s’il est envoyé au creux de l’onde, il peut perturber l’activité cérébrale. 

Une étude embryonnaire 

Pour l’instant, les tests ont été réalisés sur un nombre très limité de patients. Malgré cela, les résultats préliminaires montrent que, sous anesthésie, stimuler le cerveau avant le creux de l’onde pourrait être plus efficace pour amplifier les ondes delta. «C’est un résultat inattendu, car il diffère de ce qui est observé en contexte de sommeil», note Catherine Duclos. 

La chercheuse et son équipe poursuivent donc leurs travaux pour confirmer ces observations, mieux comprendre les mécanismes en jeu et déterminer les conditions optimales d’utilisation de cette approche. 

Une autre question qui persiste concerne la douleur. Au cours d’une chirurgie, même si le patient est inconscient, le corps réagit aux stimulus douloureux. Cette nociception fait aussi fluctuer l’activité cérébrale et rend l’anesthésie moins profonde. 

Selon la professeure, si la stimulation auditive fonctionne, elle pourrait compenser ces perturbations en maintenant des ondes delta fortes malgré la douleur. Donc, il serait possible de limiter l’administration supplémentaire de médicaments pendant l’opération, indique-t-elle. 

Vers une médecine plus douce? 

Aux yeux de Catherine Duclos, si cette approche se confirme, elle pourrait ouvrir la porte à une réduction des doses de médicaments anesthésiants, ce qui serait particulièrement bénéfique pour les patients plus fragiles physiologiquement. 

Elle pourrait également trouver des applications en contexte de sédation continue aux soins intensifs ou pour stabiliser l’état de patients neurolésés, sachant que les agents pharmacologiques peuvent nuire au rétablissement des patients.  

Au-delà des applications cliniques, ajoute la chercheuse, cette recherche invite à se questionner plus avant sur les ondes delta: sont-elles simplement un marqueur de l’inconscience ou en sont-elles plutôt la cause? Et si elles jouent un rôle causal, les moduler permettrait-il d’agir directement sur les états d’inconscience, voire de favoriser le réveil dans des contextes complexes comme le coma? 

«Si l’on peut parvenir à contrôler ces ondes, on peut peut-être favoriser un rétablissement plus rapide ou plus optimal chez certains patients», estime-t-elle. 

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