Faut-il repenser la façon de former la relève sportive?

En 5 secondes À l’occasion des Championnats du monde de cyclisme sur route à l’UdeM, trois spécialistes analysent les conditions nécessaires à la formation de la relève sportive.
Derrière les performances se trouvent des fédérations, des clubs, des installations, du financement et des choix de politiques publiques, entre autres.

Dans les compétitions sportives, lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous, les regards se tournent naturellement vers les athlètes. Pourtant, les performances d'aujourd'hui sont aussi le résultat de choix faits des années auparavant: quels jeunes ont eu accès au sport? À quel moment les plus prometteurs ont-ils été repérés? Comment ont-ils été accompagnés? Et combien ont abandonné en chemin? Former une relève capable d'atteindre les plus hauts niveaux suppose de regarder bien en amont du podium. 

La performance, résultat d'un système 

Historien du sport et chercheur en résidence cet automne à la Maison des affaires publiques et internationales de l'Université de Montréal, Patrick Clastres étudie l'histoire et la géopolitique du sport international et de l'olympisme. Ses travaux montrent à quel point sport et politique sont imbriqués, et comment la place occupée par les États dans la hiérarchie sportive s'inscrit dans une histoire plus large. 

Derrière les performances se trouvent des fédérations, des clubs, des installations, du financement et des choix de politiques publiques: les médailles ne sont pas seulement l'addition de talents individuels, elles sont aussi produites par des systèmes construits dans la durée. 

«Par-delà les traditions sportives nationales – escrime italienne, force ouzbèke, etc. –, le 20e siècle nous a légué un modèle ultralibéral où le marché domine l’espace compétitif des sports – les États-Unis –, un modèle totalitaire au sens de l’emprise de l’État sur une société – l’Allemagne nazie, l’URSS et ses satellites, la Chine, Cuba – et un modèle hybride où l’État accompagne les athlètes, les clubs et les fédérations», précise le chercheur. 

Plusieurs pistes d’amélioration

Au-delà des systèmes, Mathieu Marcotte, doctorant au Département de démographie et des sciences de la population de l’UdeM, propose deux pistes pour préparer une meilleure relève: mieux repérer les obstacles rencontrés par les cohortes sportives précédentes et s’inspirer de programmes sportifs qui ont déjà fait leurs preuves. 

Les données longitudinales sur d’anciennes cohortes combinées avec l’analyse de risque et de durée de Cox – une méthode statistique utilisée pour étudier le temps écoulé avant qu'un évènement survienne en tenant compte de plusieurs variables explicatives – permettent de suivre les athlètes dans le temps et de désigner les groupes plus à risque d'abandon ou susceptibles de progresser vers les plus hauts niveaux selon leur caractéristique. Ces résultats révéleraient ainsi des difficultés antérieures à corriger pour éviter que la relève ait à les surmonter. 

Selon Mathieu Marcotte, la politique norvégienne en la matière est un exemple à regarder de près. 

«La Norvège a connu beaucoup de succès aux Olympiques tout en misant, dans ses règlementations concernant le sport chez les enfants, sur une introduction progressive à la compétition, la diversité des sports pratiqués, le plaisir et le report des sélections à un âge ultérieur, explique-t-il. D’ailleurs, l’évaluation à un instant donné de la performance d’enfants de 8, 10 ou 12 ans risque en effet d’écarter ceux dont le développement est plus tardif.» 

Élargir le bassin de sportifs amateurs 

Reste une dernière pièce du casse-tête: avant de repérer les futurs champions, encore faut-il permettre au plus grand nombre de participer. 

Robert Djogbenou, titulaire d'un doctorat en démographie de l'UdeM, s'est intéressé à la participation des personnes immigrantes aux activités sportives, culturelles et communautaires au Québec. Ses travaux font apparaître des différences de participation selon l'origine et montrent le rôle du sport dans le sentiment d'appartenance. 

Ces écarts rappellent que l'accès au sport n'est pas uniforme. Plus certains groupes demeurent éloignés de la pratique sportive, plus le bassin d’où pourra émerger la relève se rétrécit. Réfléchir à l’atteinte de sommets suppose donc de regarder la base de la pyramide: qui pratique un sport, qui est constant dans sa pratique sportive et qui en est absent? 

«L’accès et la participation sont essentiels à la relève, affirme-t-il, car on ne peut repérer le potentiel sportif de personnes qui n’ont pas la possibilité de s’adonner à une activité physique. Joindre une population plus large et diversifiée permet de multiplier les possibilités de découverte de talents et de construire un système sportif qui reflète davantage la diversité de la population et les aspirations de celles et ceux qui la composent.» 

Un paradoxe fécond

Ces trois regards convergent: former les champions de demain pourrait commencer par un paradoxe, soit chercher moins rapidement les meilleurs, donner à davantage de jeunes la possibilité de pratiquer un sport et leur laisser plus de temps pour se développer. 

Ces questions seront abordées dans plusieurs évènements organisés ou coorganisés cet automne par la Maison des affaires publiques et internationales de l'Université de Montréal, dont la journée d'étude «Populations sportives: tendances et enjeux», le 1er octobre, ainsi que les activités auxquelles prendra part Patrick Clastres durant sa résidence à l'Université. 

Information et inscriptions

Partager