Dans les compétitions sportives, lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous, les regards se tournent naturellement vers les athlètes. Pourtant, les performances d'aujourd'hui sont aussi le résultat de choix faits des années auparavant: quels jeunes ont eu accès au sport? À quel moment les plus prometteurs ont-ils été repérés? Comment ont-ils été accompagnés? Et combien ont abandonné en chemin? Former une relève capable d'atteindre les plus hauts niveaux suppose de regarder bien en amont du podium.
La performance, résultat d'un système
Historien du sport et chercheur en résidence cet automne à la Maison des affaires publiques et internationales de l'Université de Montréal, Patrick Clastres étudie l'histoire et la géopolitique du sport international et de l'olympisme. Ses travaux montrent à quel point sport et politique sont imbriqués, et comment la place occupée par les États dans la hiérarchie sportive s'inscrit dans une histoire plus large.
Derrière les performances se trouvent des fédérations, des clubs, des installations, du financement et des choix de politiques publiques: les médailles ne sont pas seulement l'addition de talents individuels, elles sont aussi produites par des systèmes construits dans la durée.
«Par-delà les traditions sportives nationales – escrime italienne, force ouzbèke, etc. –, le 20e siècle nous a légué un modèle ultralibéral où le marché domine l’espace compétitif des sports – les États-Unis –, un modèle totalitaire au sens de l’emprise de l’État sur une société – l’Allemagne nazie, l’URSS et ses satellites, la Chine, Cuba – et un modèle hybride où l’État accompagne les athlètes, les clubs et les fédérations», précise le chercheur.