Le 25 août 1974, Eddy Merckx franchit la ligne d’arrivée au pied du mont Royal et remporte son troisième titre de champion du monde sur route. Mais quelques semaines plus tôt, la tenue d’une partie des Championnats du monde de cyclisme à Montréal était sérieusement compromise.
Le vélodrome du Parc olympique, qui devait accueillir les épreuves sur piste, ne serait pas prêt à temps. Il fallait donc trouver rapidement une solution.
Elle viendra de l’Université de Montréal.
Les archives de l’UdeM racontent les coulisses d’une opération menée dans l’urgence, au point où les dirigeants de l’Université ont d’abord appris par les médias que leur campus avait été choisi pour tenir la compétition.
Un vélodrome qui ne sera pas prêt
Montréal obtient les Jeux olympiques de 1976 en mai 1970. Un an et demi plus tard, l’Union cycliste internationale lui confie les championnats du monde de cyclisme sur piste et sur route de 1974.
L’idée est alors d’utiliser pour les Mondiaux le vélodrome couvert que l’on construit dans le nouveau Parc olympique et qui servira de nouveau deux ans plus tard, au moment des Jeux.
Le chantier ne se déroule toutefois pas comme prévu. Les difficultés techniques et les conflits de travail qui secouent l’industrie de la construction retardent les travaux.
Encore en février 1974, le président du comité organisateur des Mondiaux, Raymond Lemay, se dit rassuré. Le maire Jean Drapeau lui a donné par écrit l’assurance que le vélodrome serait terminé le 15 juillet.
Mais à l’approche de l’été, il devient évident que l’échéance ne pourra pas être respectée.
Le chancelier l’apprend… à la radio
À l’UdeM, la nouvelle arrive d’une manière plutôt inhabituelle.
Le 28 mai, pendant une réunion du Conseil de l’Université, le chancelier Marcel Piché demande si l’établissement a été consulté: il vient d’apprendre à la radio et à la télévision que les Championnats du monde de cyclisme doivent se tenir sur le terrain de football de l’UdeM.
Les discussions avec la Ville sont bel et bien amorcées, lui répond-on, mais aucune entente n’a encore été conclue. Les dirigeants de l’Université regrettent d’ailleurs que la Ville ait rendu le projet public avant qu’une annonce commune ait pu être faite.
Quelques jours plus tard, le dossier est réglé.
«Un souci de civisme»
Le 4 juin, le Comité exécutif de l’Université tient une réunion extraordinaire pour approuver le contrat avec la Ville de Montréal.
Le document ne laisse guère de doute sur l’urgence. Il précise que, «pour des raisons de force majeure», le projet initial de vélodrome a dû être abandonné et qu’il faut trouver rapidement une solution de rechange.
L’Université accepte de collaborer en invoquant sa mission éducative et un «souci de civisme». Elle met à la disposition de la Ville une bonne partie de son secteur sportif, notamment le Stade d’hiver – l’actuel CEPSUM –, le terrain de football, les lieux extérieurs et certains stationnements.
Le contrat est signé par Roger Larose, vice-recteur à l’administration, et Jacques Girard, secrétaire général de l’Université. La Ville versera 63 000 $ pour louer les installations du 3 juin au 14 septembre.
Une piste de bois au pied du mont Royal
En quelques semaines, une piste temporaire en bois prend forme derrière le Stade d’hiver, au pied de l’escarpement du mont Royal.
Des gradins sont aussi construits pour accueillir plusieurs milliers de spectateurs. Pendant quelques jours, le campus se transforme ainsi en véritable hôte de championnats du monde.
L’arrivée des équipes et du public représente tout un défi logistique pour l’Université.
Fernand J. Gouin, chef de la sécurité de l’UdeM, détaille dans une note de service datée du 12 août le dispositif prévu pendant les compétitions. Des agents en civil sont affectés aux résidences où logent des délégations, d’autres patrouillent sur le campus et jusqu’à 17 membres du personnel de sécurité doivent être mobilisés durant le week-end des courses sur route.
Ils doivent notamment surveiller la circulation et les mouvements de foule à différents endroits du campus, de la voie Camillien-Houde à l’avenue Louis-Colin, en collaboration avec les policiers de la Communauté urbaine de Montréal.
Les meilleurs cyclistes du monde à l’UdeM
Du 14 au 20 août, les meilleurs spécialistes de la piste s’affrontent au vélodrome temporaire de l’Université. Le Tchécoslovaque Anton Tkáč y remporte notamment le titre de vitesse amateur. Deux ans plus tard, il sera de nouveau champion à Montréal, cette fois aux Jeux olympiques.
Puis viennent les épreuves sur route.
Le 24 août, la Française Geneviève Gambillon devient championne du monde. Le lendemain, c’est au tour d’Eddy Merckx.
Au terme d’une course disputée autour du mont Royal, le Belge devance au sprint les Français Raymond Poulidor et Mariano Martinez. Il décroche ainsi son troisième maillot arc-en-ciel sur route, après ceux de 1967 et de 1971.
La ligne d’arrivée se trouve sur le boulevard Édouard-Montpetit, devant le secteur sportif de l’UdeM.