Nous avons tendance à imaginer le cerveau d’un fœtus comme une sorte de chantier guidé presque exclusivement par les plans inscrits dans les gènes. Mais avant même la naissance, il s’y passe déjà beaucoup de choses. Le fœtus bouge, perçoit des sons étouffés, reçoit des stimulations et, surtout, son système nerveux engendre sa propre activité.
Une nouvelle étude – menée par Tomas Paus, professeur de psychiatrie et de neurosciences à l’Université de Montréal et chercheur à Santé Québec – CHU Sainte-Justine – apporte un éclairage inédit sur cette activité prénatale. Elle montre notamment que des signaux produits spontanément par la rétine pourraient contribuer à façonner le cortex visuel primaire, cette région du cerveau qui permet de traiter les informations provenant des yeux.
Et le tabagisme pendant la grossesse est le facteur qui a dévoilé ce processus.
Une fenêtre sur le cerveau
L’histoire commence au Saguenay–Lac-Saint-Jean il y a plus de deux décennies. À l’époque, le chercheur et sa collègue de l’UdeM la Dre Zdenka Pausova constituent une vaste cohorte en vue d’étudier les effets de certaines situations difficiles vécues pendant la grossesse sur le développement cérébral et la santé cardiométabolique des enfants.
Plus de 1000 adolescents de 12 à 18 ans sont recrutés et évalués au fil des ans, puis certains seront revus à l’âge adulte. Parmi les facteurs examinés figure le tabagisme pendant la grossesse, choisi comme modèle d’une exposition prénatale à des substances chimiques relativement fréquente. Rappelons que la fumée de cigarette peut notamment réduire l’apport d’oxygène et de nutriments au fœtus, ce qui contribue à un poids de naissance plus faible. La nicotine qu’elle contient peut se fixer sur des récepteurs du cerveau qui répondent normalement à l’acétylcholine, un neurotransmetteur important.
Dans ces travaux-ci, l’équipe s’est intéressée particulièrement au cortex visuel primaire, aussi appelé l’aire V1. Parmi les 11 régions cérébrales étudiées, c’est cette zone qui présentait la différence la plus marquée entre les personnes exposées au tabagisme pendant la grossesse et celles qui ne l’avaient pas été.
L’équipe a par la suite repris la même question, mais dans une tout autre population: environ 20 000 adultes d’une biobanque britannique. Et là encore, l’aire V1 se démarquait des autres régions cérébrales.
Dans les deux cohortes indépendantes, la surface du cortex visuel primaire était plus petite chez les individus exposés (par rapport à ceux non exposés) au tabagisme maternel pendant la grossesse.