Quand le cerveau s’active, le sang ne suit pas toujours

En 5 secondes Deux activités cérébrales presque identiques. Deux signaux sanguins radicalement différents. Cette découverte d’une équipe de l’UdeM pourrait améliorer l’interprétation de l’imagerie cérébrale.
Antoine Malescot, premier auteur de l’étude, et Ravi Rungta, chercheur à l’Institut Courtois d’innovation biomédicale et professeur au Département de stomatologie de la Faculté de médecine dentaire et au Département de neurosciences de l'Université de Montréal

Lorsque notre cerveau est stimulé, le flux sanguin augmente. Depuis 30 ans, cette relation est au cœur de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), l’une des principales techniques utilisées pour visualiser l’activité cérébrale chez l’être humain.

L’IRMf ne mesure pas directement l’activité des neurones, elle détecte plutôt les variations d’oxygénation du sang qui coïncident avec cette activité.

Dans une étude publiée dans Science, une équipe dirigée par Ravi Rungta, chercheur à l’Institut Courtois d’innovation biomédicale et professeur au Département de stomatologie de la Faculté de médecine dentaire de l’Université de Montréal, révèle que cette relation n’est pas aussi évidente qu’on le croyait.

Le cerveau ment-il?

Le cerveau ne ment pas, mais il rend complexe la lecture des images obtenues. Ravi Rungta est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les interactions neurovasculaires. Avec son doctorant Antoine Malescot, premier auteur de l’étude, il a comparé chez la souris l’activité cérébrale déclenchée par le toucher avec celle déclenchée par la douleur. 

Dans la majorité des couches du cortex des rongeurs, les deux stimulus provoquaient une activité neuronale presque identique. Le flux sanguin, lui, racontait une histoire bien différente: il était plus de 50 % plus faible pour la douleur que pour le toucher.

«Je m’attendais à une différence, mais pas à ce point-là, raconte Ravi Rungta, également professeur au Département de neurosciences de l’UdeM. Je pensais que ça venait d’une régulation à l’échelle des capillaires. Ça nous a pris du temps à comprendre ce qui se passait vraiment.»

Le cortex, un territoire fragmenté

L’explication réside dans l’architecture même des vaisseaux sanguins et la façon dont l’activité neuronale se répartit dans les différentes couches du cortex.

Le cortex est irrigué par plusieurs réseaux distincts d’artérioles, des vaisseaux sanguins qui font le lien entre une artère et un capillaire. Ces réseaux ne réagissent pas tous de la même manière, ne desservent pas nécessairement les mêmes couches du cerveau et répondent à des types d’activité différents.

Pour isoler ce mécanisme, l’équipe a combiné plusieurs outils: des marqueurs génétiques pour mesurer l’activité neuronale en temps réel et une technique d’imagerie dans le rouge lointain. Celle-ci permet d’observer le cerveau jusqu’à une profondeur d’un millimètre, soit le double de ce qui était possible auparavant.

«Cela nous a permis de scruter les six couches du cortex de la souris et de constater que les changements globaux du flux sanguin ne correspondent pas toujours à l’activité cérébrale, précise Ravi Rungta. Mais si l’on regarde plus précisément où va le sang, on peut obtenir davantage d’information sur l’activité qui provoque ce flux.»

Voir autrement

Bien que ces travaux aient été réalisés sur des souris, leur portée va bien au-delà du laboratoire.

Les dernières technologies d’IRMf permettent déjà de détecter des signaux spécifiques à chaque couche du cortex cérébral. Une meilleure connaissance de l’architecture vasculaire pourrait ainsi améliorer l’analyse des images cérébrales utilisées dans la recherche sur la douleur, la cognition et les maladies neurologiques.

«On doit commencer à voir les vaisseaux sanguins comme une architecture active des circuits neuronaux, pas juste comme un système de livraison», dit le chercheur.

Son équipe souhaite maintenant déterminer si ces réseaux vasculaires distincts sont également en cause dans la douleur chronique et les maladies neurodégénératives, où le flux sanguin diminue souvent dans les couches profondes du cortex.

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