Résidence en médecine de famille: une année supplémentaire pour mieux asseoir la pratique

En 5 secondes Plus souple et personnalisé, le nouveau programme de résidence de trois ans en médecine de famille de l’UdeM offrira une transition plus graduelle vers la pratique.
Guillaume Voghel et Tania Riendeau, professeur et professeure à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal

À compter de 2028, la Faculté de médecine de l’Université de Montréal proposera dans deux milieux pilotes un parcours de résidence de trois ans. Il ne s’agit pas ici du simple ajout d’une année au cursus actuel: la formation a été revue dans son ensemble pour donner plus de latitude, favoriser l’autonomie et mieux préparer l’entrée dans la profession.

Le projet s’inscrit dans une réflexion amorcée au tournant des années 2020 par le Collège des médecins de famille du Canada, puis reprise au Québec par les quatre facultés de médecine. À l’UdeM, le programme est le fruit de travaux de coconstruction avec des médecins, des résidentes et résidents, des externes, des patients partenaires et des professionnels de la santé.

Le Dr Guillaume Voghel, responsable du comité des résidentes et résidents de troisième année en médecine familiale et professeur adjoint de clinique, et la Dre Tania Riendeau, conseillère en innovation et rayonnement et coconceptrice du programme, tous deux au Département de médecine de famille et de médecine d’urgence, expliquent pourquoi ce nouveau programme a été conçu et ce qu’il changera concrètement pour la relève.

Questions Réponses

Pourquoi repenser aujourd’hui la résidence en médecine de famille?

Guillaume Voghel: Nos programmes débordent. La médecine évolue sans cesse et certains domaines, comme l’intelligence artificielle, la santé planétaire, l’échographie, la santé autochtone et la toxicomanie, méritent d’être approfondis davantage dans la formation. En même temps, nous voulons préserver le bien-être des résidents et des résidentes et alléger les horaires. Nous nous retrouvons donc devant une équation impossible. Si nous ajoutons ces contenus dans un programme de deux ans, il faut enlever quelque chose ailleurs.

Tania Riendeau: Il faut aussi voir à quel point la médecine de famille s’est complexifiée. Les savoirs ont explosé. Les patients présentent souvent plusieurs maladies à la fois, tandis que les guides de pratique sont de plus en plus pointus. Pour chaque traitement, on doit donc tenir compte des indications et des contre-indications, mais aussi des caractéristiques du patient et de sa situation dans son ensemble. Je tiens toutefois à être claire: nos résidentes et résidents qui terminent actuellement le programme de deux ans sont tout à fait compétents. La troisième année ne vient pas corriger une formation inadéquate. Elle donne plutôt la possibilité d’aller plus loin et de consolider certains apprentissages.

Concrètement, qu’est-ce qu’un programme de trois ans va changer?

TR: Chaque année va marquer une nouvelle étape. La première année sera consacrée à l’expertise médicale, à la relation avec le patient et aux bases de la médecine familiale; la deuxième année, le regard sera élargi à la collaboration interprofessionnelle et au leadership médical; la troisième année, les groupes travailleront davantage sur la responsabilité sociale, les liens intersectoriels, la compréhension des besoins de la communauté et la façon dont le médecin adapte sa pratique à la population qu’il dessert. Le nouveau programme permettra de rendre cette progression plus naturelle.

Comment la formation pourra-t-elle s’adapter au médecin de famille que chaque personne souhaite devenir?

GV: La personnalisation est l’un des grands avantages du programme. En troisième année, les résidentes et résidents auront beaucoup plus de latitude pour approfondir certains domaines selon le type de pratique qu’ils envisagent. Nous avons prévu une période de trois mois consacrés à la transition vers la pratique, pendant laquelle ils pourront choisir différentes activités cliniques: gériatrie, urgence, échographie, anesthésie, cardiologie, médecine sportive, hospitalisation en région ou soins critiques. D’autres stages à option sont aussi à l’horaire. Au total, il sera possible de choisir cinq stages en fonction de ses champs d’intérêt.

TR: Cette flexibilité est aussi une façon de préserver le généralisme. Après deux ans, nos résidentes et nos résidents sont compétents, mais ils ne se sentent pas nécessairement confiants dans tous les aspects de la pratique. Et quand on perd confiance en ses habiletés dans un domaine, on peut être tenté de l’éviter. Or, notre patientèle évolue avec nous. Nous voulons favoriser cette capacité d’adaptation pour aider les médecins à demeurer polyvalents tout au long de leur carrière.

Comment la troisième année facilitera-t-elle le passage vers la pratique autonome?

GV: Les jeunes médecins nous disent souvent que le filet de sécurité disparaît très rapidement lorsqu’ils commencent à exercer. Ils savent prendre une décision, mais aimeraient parfois pouvoir la valider avec quelqu’un. En troisième année, les résidents et les résidentes auront davantage d’autonomie dans leur horaire et dans la prise en charge de leurs patients tout en demeurant accompagnés. La supervision évoluera progressivement vers une forme de mentorat. 

TR: Et il n’y a pas que la clinique. Être médecin, c’est aussi comprendre l’organisation de la pratique, le système de santé, les aspects médicolégaux, la gestion, le leadership, l’enseignement. Notre curriculum Devenir médecin de famille permettra de mieux les préparer à toutes ces dimensions trop souvent intégrées sur le tas. 

Vrai ou faux? La résidence de trois ans en toute transparence

  • Une résidence de trois ans reportera ma carrière d’un an.

VRAI. L’entrée dans la pratique autonome se fera un an plus tard.

GV: Mais la vraie question, c’est: qu’est-ce que cette année apporte? Si elle permet d’être mieux préparé, d’approfondir certains domaines et de gagner en autonomie et en assurance, il faut la voir comme un investissement.

  • Je vais perdre une année de salaire de médecin.

VRAI. En troisième année de résidence, la rémunération correspond à cette troisième année, elle est supérieure à celle d’une deuxième année de résidence, mais inférieure au revenu d’une ou d'un médecin en exercice.

TR: Il y a un coût financier à considérer, mais il faut le mettre dans la balance avec ce que cette année apporte en matière de préparation à la carrière.

  • Une troisième année retardera l’arrivée de médecins de famille dans le réseau.

FAUX. Les résidents et résidentes de troisième année continueront de soigner des patients pendant leur formation.

TR: Une résidente ou un résident de troisième année ne sera pas retiré du système de santé. Ce sera une clinicienne ou un clinicien sur le terrain. Certains patients pourront même être suivis par la même personne pendant trois ans plutôt que deux.

GV: Le projet concernera d’abord un nombre limité de résidents et de résidentes dans deux milieux pilotes. Puis le programme sera implanté plus largement, de façon progressive. Le but est de mieux former les médecins de famille pour répondre aux besoins de la population et non de créer une pénurie. La mise en œuvre du projet a été planifiée de façon à préserver le nombre de médecins diplômés.

Une troisième année, pour quoi faire?

Plus de temps pour approfondir certains champs d’exercice, gagner en autonomie et préciser sa future pratique: une résidente et deux médecins en début de carrière racontent ce qu’une troisième année peut apporter à la formation.

Emiliya Boncheva: «Mieux savoir quel type de médecin je souhaite devenir»

En première année de résidence en médecine de famille, la Dre Emiliya Boncheva envisage une pratique polyvalente, qui combine les soins de première ligne et l’hospitalisation.

Une troisième année me permettrait de consacrer davantage de temps aux domaines qui m’intéressent, comme la gériatrie, mais aussi d’explorer l’enseignement, la question du leadership et la carrière universitaire. Cela dit, je ne vois pas cette année supplémentaire comme une nécessité, plutôt comme une occasion de personnaliser davantage ma formation. Je pourrais ainsi commencer la pratique avec plus de confiance et une meilleure idée du type de médecin que je souhaite devenir. Pour moi, cette confiance passe aussi par le fait de développer son autonomie, d’être confronté à toutes sortes de situations et de prendre de plus en plus de responsabilités. Se sentir prêt ne veut pas dire avoir réponse à tout. C’est avoir un bon jugement clinique, reconnaître ses limites et savoir quand demander de l’aide.

Rose Trevisan: «Deux ans, ça passe trop vite!»

La Dre Rose Trevisan vient de terminer sa résidence en médecine de famille et poursuit une formation complémentaire relative aux troubles musculosquelettiques. Elle souhaite exercer en milieu universitaire et contribuer à la formation de la relève.

En deux ans, on a peu de temps pour explorer toutes les facettes de la médecine de famille, comme la dermatologie et les problèmes musculosquelettiques, qui sont pourtant très présents en première ligne. Avec une troisième année, j’aurais consacré davantage de temps aux domaines liés à ma future pratique, notamment l’enseignement et les soins aux personnes âgées. J’aurais aussi pu gagner en confiance dans mon rôle de médecin de famille et de superviseuse. Mais je dois dire que les collègues facilitent mon intégration professionnelle! J’ai la chance de travailler dans un milieu que je connais, entourée de personnes qui m’ont supervisée. En toute honnêteté, je ne pense pas qu’on puisse se sentir complètement prêt dès son premier jour. Voilà pourquoi c’est si important de pouvoir compter sur des personnes qui peuvent nous guider.

Sarah Abboub: «Une troisième année m’aurait donné plus de confiance»

La Dre Sarah Abboub a terminé sa résidence en médecine de famille en juillet et vient d’amorcer sa pratique. Elle partage son temps entre la prise en charge en première ligne et l’hospitalisation.

En deux ans, on apprend énormément et on progresse beaucoup, mais il reste forcément des situations qu’on a peu ou pas rencontrées. Une troisième année m’aurait permis d’approfondir mes connaissances et de choisir davantage de stages en fonction de ma future pratique. Elle m’aurait aussi donné plus de temps pour me préparer à tout ce qui vient avec le début de la pratique: la facturation, les finances, le travail autonome… Pendant la résidence, on se concentre sur le fait de devenir des médecins compétents. Quand on commence à exercer, on réalise qu’il y a aussi beaucoup de choses qui tournent autour de la médecine sans être directement d’ordre médical. Et je pense qu’on ne se sent jamais totalement prêt. Ce qui m’aide grandement aujourd’hui, c’est de savoir que je peux compter sur les gens autour de moi. C’est correct de ne pas tout savoir. L’important, c’est de reconnaître ses limites, de savoir où chercher l’information et quand demander de l’aide et, surtout, de bien s’entourer.

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