À l’été 2023, Pascale Dufour enfourche son vélo et se lance sur les traces de l’ancien rideau de fer. Son itinéraire suit, autant que possible, l’EuroVelo 13, une route cyclable qui longe l’ancienne frontière séparant l’Europe de l’Est et l’Europe de l’Ouest. Depuis la Turquie jusqu’à la Finlande en passant par la Bulgarie et la Serbie, la professeure de science politique de l’Université de Montréal a parcouru plus de 5500 km et rencontré 28 jeunes communistes âgés de 18 à 30 ans.
Elle s’est demandé comment on pouvait être communiste aujourd’hui dans des pays où les régimes s’étaient réclamés de cette idéologie. «À quoi rêve une personne communiste qui est née dans un pays dont on a banni le communisme?» résume la chercheuse du Centre d’études et de recherches internationales de l’UdeM.
Celle qui travaille notamment sur les mouvements sociaux et les mobilisations progressistes au Québec et en France ne souhaitait pas entreprendre une étude exhaustive des sociétés de l’ancien bloc soviétique. Elle voulait plutôt comprendre une appartenance politique et les aspirations des gens qui la revendiquent au 21e siècle.
Ce projet, réalisé pendant son année sabbatique, a pris la forme d’un essai plutôt que d’une recherche universitaire classique. Et le vélo s’est rapidement imposé comme un élément important de l’expérience. «On n’a pas l’air très menaçant quand on est sur un vélo avec de grosses sacoches», raconte-t-elle en riant. Surtout, le déplacement à vitesse réduite lui a permis de s’imprégner des milieux de vie dans lesquels évoluent les personnes rencontrées.