Les «pratiques parentales coercitives» pourraient modifier le cerveau des enfants

Les enfants dont les parents se fâchent souvent ou crient contre eux, leur donnent une fessée ou les secouent pour imposer une discipline pourraient en subir les répercussions négatives jusqu’à l’adolescence.

Les enfants dont les parents se fâchent souvent ou crient contre eux, leur donnent une fessée ou les secouent pour imposer une discipline pourraient en subir les répercussions négatives jusqu’à l’adolescence.

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En 5 secondes

Selon une étude menée par l’Université de Montréal, crier, fesser, gifler ou secouer un enfant pourrait altérer ses «circuits cérébraux de la peur» jusqu’à l’adolescence.

Des chercheurs de l’Université de Montréal et du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine ont découvert que les enfants dont les parents se fâchent souvent ou crient contre eux, leur donnent une fessée ou les secouent pour imposer une discipline pourraient en subir les répercussions négatives jusqu’à l’adolescence.

Les effets de ce type de «pratiques parentales coercitives» peuvent être observés non seulement dans le comportement des adolescents, mais aussi dans la façon dont leur cerveau traite la peur, selon une étude menée par une étudiante au doctorat de l’UdeM publiée dans Biological Psychology.

«Nous savions déjà que l’adversité dans l’enfance pouvait avoir de nombreuses conséquences négatives psychologiquement et socialement, indique Valérie La Buissonnière-Ariza, première auteure de cette étude qu’elle a réalisée dans le cadre de son doctorat en psychologie. Mais jusqu’à présent, la plupart des recherches portaient uniquement sur les pires cas d’adversité, soit les enfants maltraités ou négligés et enlevés à leurs parents.»

«Nous voulions examiner l’adversité la plus “bénigne”, qui est assez commune et même facilement acceptée: les parents qui crient contre leurs enfants, les giflent, les prennent par les bras et les secouent pour les discipliner, ajoute celle qui est maintenant chercheuse postdoctorale au Baylor College of Medicine, à Houston. Ce qui nous a surpris, c’est que non seulement ce type de pratiques parentales coercitives a une incidence sur le comportement des enfants jusqu’à leur adolescence, mais il provoque aussi des changements dans le fonctionnement de leur cerveau, particulièrement en ce qui a trait au traitement de la peur et de l’anxiété.»

Quatre-vingt-quatre jeunes sujets

Supervisée par Franco Lepore, professeur de psychologie à l’Université de Montréal, et par la psychologue Françoise Maheu, affiliée au CHU Sainte-Justine, Valérie La Buissonnière-Ariza a effectué des tests auprès de 84 jeunes âgés de 13 à 16 ans.

Participant depuis la naissance à deux études longitudinales québécoises, accessibles par l’intermédiaire du Groupe de recherche sur l’inadaptation psychosociale chez l’enfant de l'UdeM et l’Institut de la statistique du Québec, les adolescents ont été répartis en quatre groupes selon la sévérité avec laquelle ils ont été éduqués de deux ans et demi à neuf ans.

Ils ont ensuite été soumis à une «tâche de conditionnement de la peur» de 17 minutes au cours de laquelle ils ont vu une série de portraits de deux femmes avec des expressions faciales neutres. Ensuite, on leur a montré l’image de l’une des femmes qui semblait effrayée, suivie immédiatement d’un cri perçant de 90 décibels. Des examens IRM fonctionnels du cerveau des jeunes durant cette tâche ont montré des différences marquées dans la façon dont celui-ci traitait la peur. 

Pourquoi étudier le cerveau des enfants et non leurs seuls comportements? «Parce que les mécanismes cérébraux donnent une indication sur la manière dont la peur et l’anxiété sont gérées physiologiquement par l’enfant, et nous pouvons ainsi utiliser ces informations pour aider à les traiter», mentionne Valérie La Buissonnière-Ariza.

Devenue maman à son tour

Valérie La Buissonnière-Ariza et sa fille Cléa.

Il y a un an, Mme La Buissonnière-Ariza a donné naissance à une petite fille, Cléa, et elle est encore plus consciente des stress et difficultés qui viennent avec l'arrivée d’un enfant dans une famille.

«Je sais qu’il est facile de perdre patience et de s’emporter, mais je suis totalement contre le fait de gifler un enfant, déclare la jeune mère de 32 ans. Il est donc important pour moi d’enquêter sur les véritables conséquences de ces gestes, de prouver que oui, être très sévère n’est pas une bonne chose.»

Les parents devraient-ils se sentir mal s’ils agissent de la sorte? «Mon but n’est pas de culpabiliser qui que ce soit ‒ et, dans tous les cas, il ne s’agit que d’une étude préliminaire qui ne doit pas être considérée comme la vérité absolue, souligne Valérie La Buissonnière-Ariza. De plus larges études doivent être effectuées, mais je veux que les parents réfléchissent à ce qu’ils font et réalisent que certains types de mesures disciplinaires ne sont pas aussi inoffensives qu’elles le paraissent. Qu’ils peuvent en fait altérer le traitement de la peur dans le cerveau de leur enfant, en particulier si ces mesures sont appliquées sur une longue période. Et personne ne devrait prendre cela à la légère.»

À propos de l’étude

L’article «Chronic harsh parenting and anxiety associations with fear circuitry function in healthy adolescents: a preliminary study», écrit par Françoise Maheu, Franco Lepore, Valérie La Buissonnière-Ariza et leurs collaborateurs, a été publié le 29 mars 2019 dans Biological Psychology. Le financement provient des Instituts de recherche en santé du Canada, du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, du Fonds de recherche du Québec ‒ Société et culture, du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine ainsi que des universités de Montréal et Laval.

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