L’Orchestre de l’Université de Montréal explore le soviétisme

Crédit : Faculté de musique de l'UdeM

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En ouverture de saison, l’OUM présente le 12 octobre la «Symphonie n° 5» de Chostakovitch, le «Concerto pour violon» de Khatchatourian et «Lumière fossile», du compositeur montréalais Benoît Groulx.

Sur la scène de la salle Claude-Champagne, le directeur artistique et chef principal de l’Orchestre de l’Université de Montréal (OUM), Jean-François Rivest. Au troisième rang, le compositeur Benoît Groulx, partition en main, lunettes sur le nez. Sous ses yeux, les musiciens de l’OUM sont en train de donner naissance à son œuvre. Après l’avoir travaillée seul des semaines durant, après avoir vécu en solitaire avec elle jour et nuit, il l’entend enfin jouée par un orchestre. «J’ai fait beaucoup d’arrangements dans ma carrière, mais c’est la première fois que je compose une pièce, raconte-t-il. C’est fantastique de la voir éclore.»

Dans le milieu de la musique depuis plus de 30 ans, Benoît Groulx a collaboré à divers projets en tant qu’arrangeur et orchestrateur. Il a signé des partitions pour Lara Fabian, Louise Forestier et Daniel Lavoie, reçu un Félix pour des arrangements vocaux réalisés pour La Bande Magnétik, participé à plusieurs musiques de film et produit la bande originale du spectacle Corteo du Cirque du Soleil. Depuis l’an dernier, il a entrepris un retour aux études aux cycles supérieurs à l’Université de Montréal en composition musicale et création sonore. Il a remporté au printemps le premier prix du Concours de composition 2019 de l’OUM.

«Ce n’est pas la première fois que je travaille avec Benoît, précise Jean-François Rivest. C’est un bonheur de le retrouver cette fois avec son œuvre à lui. J’essaie de rendre son idée le plus possible. Je ne m’impose pas.»

Lumière fossile

Dans la salle Claude-Champagne, quelques spectateurs assistent donc à cette conversation entre le compositeur et le chef afin de placer l’œuvre au millimètre. Marquer davantage les harmoniques, être plus doux sur les archets, plus minutieux sur les dissonances… «Je suis un scientifique au départ, indique M. Groulx. Je m’inspire plus de la biologie et de la vie animale que de la poésie. Il y a une rigueur scientifique dans ma musique. J’ai le souci du détail.»

Sa source d’inspiration elle-même vient tout droit de la science. Le compositeur évoque ici la «lumière fossile», ce premier rayonnement de l’Univers, vieux de plus de 13 milliards d’années et qui a rendu l’Univers visible. «Les fragments mélodiques de ma pièce sont un peu à l’image de ces fragments de lumière qui s’échappent», illustre-t-il.

Une œuvre cosmique donc, à mille lieues de la critique sociale et politique dans laquelle le chef de l’OUM plonge une nouvelle fois ses étudiants et étudiantes ainsi que son public avec la pièce maîtresse de ce grand concert de la rentrée, la Symphonie n°5 de Chostakovitch.

«C’est la peur au ventre qu’il a écrit cette œuvre, rappelle Jean-François Rivest. Chostakovitch était banni par le régime depuis son opéra Lady Macbeth de Mzensk. Staline avait été horrifié par la teneur sexuelle et révolutionnaire de l’œuvre. Le compositeur risquait le goulag.»

Il livre alors une œuvre empreinte d’ironie, analyse le directeur artistique. Elle dit avec courage et une infinie tristesse ce qu’un peuple tout entier, suffoqué par la peur et la tyrannie, ne peut exprimer.

«La coda est particulièrement terrifiante, ajoute-t-il. Quatre-vingts pour cent de l’orchestre martèle un seul la, sous l’acharnement des percussions. L’effroi est entier, la défiance tout autant, mais les oppresseurs, eux, n’y voient que du feu…»

Solo de flûte

Sur une tonalité plus légère, le programme se poursuit avec le Concerto pour violon d’Aram Khatchatourian, dans sa version pour flûte transcrite par Jean-Pierre Rampal.

«Rampal a repoussé les frontières de ce qu’on peut faire à la flûte, analyse la soliste Jaena Kim, Premier Prix du Concours de concerto 2019 de l’OUM. Je suis très fébrile à l’idée d’interpréter ce concerto, car c’est très rare d’avoir l’occasion de jouer un solo à la flûte.»

Aram Khatchatourian est le premier compositeur arménien à avoir produit une œuvre reconnue à l’échelle internationale. La transcription pour flûte de son Concerto pour violon, créé en 1940 à Moscou, demeure très proche de l’original.

«Les idiomes du violon, on ne peut pas les retrouver à la flûte, fait remarquer Jean-François Rivest, mais il y a plein d’autres choses qu’on peut faire. Le côté folklorique du concerto fonctionne notamment très bien avec le son archétypal de la flûte. Et puis, Jaena est exceptionnelle.»

Contrairement à la symphonie de Chostakovitch, le concerto de Khatchatourian n’a rien de politique, lui-même n’ayant eu que peu de démêlés avec l’establishment soviétique.

«C’est juste agréable à l’oreille, décoratif, mentionne le chef. Comme un feu d’artifice dans la campagne arménienne.»

Le concert Gloire… soviétique sera présenté le 12 octobre à 19 h 30 à la salle Claude-Champagne de l’Université de Montréal.