Lise Gauvin: la professeure émérite qui est retournée sur les bancs d’école

Lise Gauvin, professeure émérite du Département des littératures de langue française, est désormais bachelière en musique.

Lise Gauvin, professeure émérite du Département des littératures de langue française, est désormais bachelière en musique.

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Lise Gauvin a reçu de nombreux prix et distinctions au cours de sa carrière. Qu’est-ce qui l’a donc poussée à effectuer un retour sur les bancs d’école afin d’obtenir un diplôme en musique?

«Lorsque j’ai été admise au baccalauréat en musique, je n’en revenais pas. C’était comme si j’avais gagné le gros lot!» s’exclame la nouvelle diplômée de la Faculté de musique de l’Université de Montréal. Le commentaire serait moins surprenant s’il n’avait pas été fait par une personne qui est déjà… professeure émérite du Département des littératures de langue française de l’UdeM.

La renommée de Lise Gauvin n’est plus à faire. Encore aujourd’hui, elle parcourt le monde francophone à titre de conférencière, de professeure invitée, d'écrivaine et de membre de jurys; elle a également participé à la création du Parlement des écrivaines francophones à Orléans en septembre 2018. La retraite n’a pas mis fin à ses activités de recherche et de critique, pas plus qu’à celles d’écriture. Lorsqu’on la questionne à ce sujet, elle répond tout simplement: «La littérature, c’est toute ma vie. Pourquoi j’arrêterais?»

Pour celle qui a étudié le piano au Conservatoire de musique de Québec pendant cinq ans alors qu’elle était adolescente, le fait de reprendre les études musicales relève à la fois du plaisir et d’un besoin de boucler la boucle. «Puisque je n’avais pas terminé mes études de conservatoire, la musique était restée quelque chose d’inachevé dans ma vie. C’est comme si je n’étais pas allée au bout de mes capacités. Avec mon baccalauréat en musique, j’ai l’impression d’avoir complété un cycle.»

Mais n’est-ce pas ardu, un retour sur les bancs d’école alors qu’on a été responsable de cours et de séminaires de doctorat? «Au contraire, c’était tellement agréable et reposant!» dit-elle. Bien placée pour évaluer les qualités d’un professeur, Lise Gauvin ne tarit pas d’éloges sur ceux et celles qui lui ont enseigné pendant trois ans. «Quels professeurs fantastiques! Quelle compétence! La façon dont ils jonglaient avec leurs présentations et les extraits musicaux, l’interaction qu’ils avaient avec les étudiants, cela est remarquable: ce sont de véritables chefs d’orchestre!» relate-t-elle.

Je n’ai jamais eu de statut particulier à la Faculté de musique. On m’a toujours traitée comme les autres. Les professeurs ne savaient pas forcément que j’étais professeure émérite; ils savaient simplement que j’étais plus âgée que les autres! — Lise Gauvin

Lise Gauvin parle de son talent musical avec humilité, précisant qu’elle n’a jamais eu l’étoffe d’une virtuose. «Je ne sais pas si je suis meilleure pianiste que je l’étais à 20 ans. Cependant, je crois pouvoir affirmer que je comprends mieux ce que je joue.» Et le besoin de faire de la musique est palpable chez elle. «Je fais de la musique pour mieux vivre», confie-t-elle.

Virtuosité ou non, il n’en demeure pas moins que Lise Gauvin essaie de consacrer environ deux heures de ses journées à la pratique instrumentale, ce qui est plus difficile lorsqu'elle est à l’étranger. «Partout où je vais, je tente de trouver des studios pour jouer de mon instrument quelques heures par-ci, par-là.» C’est aussi le cas aux Îles-de-la-Madeleine, où elle passe chaque été en compagnie de sa famille. «Aux Îles, j’ai accès au piano qui se trouve dans la sacristie de l’église!» indique-t-elle en riant.

Officière de l’Ordre national du Québec depuis 2015, elle a obtenu en 2018 le Prix du Québec Georges-Émile-Lapalme en reconnaissance de sa contribution exceptionnelle à la qualité et au rayonnement de la langue française. Pour souligner l’évènement et en guise de récompense, Lise Gauvin a choisi de réaliser un rêve de longue date: l’acquisition d’un piano à queue.