Découverte d'une planète autour de la jeune étoile AU Microscopii

Représentation artistique de la planète et de son étoile, AU Microscopii.

Représentation artistique de la planète et de son étoile, AU Microscopii.

Crédit : Goddard Space Center, NASA.

En 5 secondes

Une équipe d'astrophysiciens a annoncé hier dans la revue «Nature» la découverte d'une planète de la taille de Neptune autour de la jeune étoile AU Microscopii.

Jonathan Gagné, ancien chercheur postdoctoral Banting de l’Institut de recherche sur les exoplanètes (iREx) de l’Université de Montréal aujourd’hui conseiller scientifique au Planétarium Rio Tinto Alcan de Montréal, a participé à la découverte d’une planète de la taille de Neptune autour de la jeune étoile AU Microscopii. Cela faisait plus d’une décennie que les astrophysiciens cherchaient des planètes dans ce système, qui constitue un laboratoire unique pour étudier la formation planétaire. Cette percée, annoncée aujourd’hui dans la revue Nature, a été réalisée notamment grâce aux télescopes spatiaux TESS et Spitzer de la NASA.

Située à environ 32 années-lumière de la Terre, l’étoile AU Microscopii ou AU Mic est une jeune étoile âgée de 20 à 30 millions d’années et qui serait donc 150 fois plus jeune que le Soleil! Dans les années 2000, on a découvert qu’elle était encore entourée d’un imposant disque de débris, reliquat de sa formation. Depuis, les astrophysiciens cherchent activement des planètes autour de cette étoile étant donné que c’est au sein de tels disques de poussières et de gaz qu’elles se forment.

Jonathan Gagné, qui a participé aux observations et au traitement des données, explique pourquoi il a fallu près de 15 ans pour mettre au jour cette planète: «AU Mic est une petite étoile, qui fait environ 50 % de la masse du Soleil. Ces étoiles possèdent généralement de très forts champs magnétiques, ce qui les rend très actives. Les nombreuses taches et éruptions à la surface d’AU Mic nuisent à la détection de planètes, qui est déjà compliquée par la présence du disque.»

Un défi de taille!

L'astrophysicien Jonathan Gagné

C’est en 2010 que l’équipe de Peter Plavchan, professeur adjoint à l’Université George Mason, a commencé à observer cette étoile au sol, avec le Infrared Telescope Facility (IRTF) de la NASA. Jonathan Gagné, qui pendant ses études doctorales a fait de nombreux séjours d’observation à ce télescope, situé à Hawaii, s’est joint à l’équipe en 2014. Ils ont choisi ce télescope, qui opère dans l’infrarouge, parce que l’activité de l’étoile est moins intense dans ce type de lumière. Ces observations ont mis la puce à l’oreille de l’équipe d’astrophysiciens quelques années plus tard. Ils ont remarqué une possible variation périodique dans la vitesse radiale d’AU Mic, un mouvement qui peut indiquer la présence d’une planète. En effet, celle-ci, en se déplaçant le long de son orbite, exerce une attraction gravitationnelle sur l’étoile, qui oscille alors légèrement sur elle-même.

Des télescopes spatiaux à la rescousse

La précision des données obtenues au sol n’était toutefois pas suffisante pour confirmer que le signal était dû à une exoplanète. L’équipe a plutôt réussi à confirmer la présence d’AU Mic b grâce à une autre méthode, dite de transit. Un transit survient quand une planète passe directement entre nous et son étoile hôte, cachant ainsi une petite fraction de sa lumière périodiquement. Les astronomes ont observé deux transits de la planète lors de la première mission de TESS (pour Transiting Exoplanet Survey Satellite), à l’été 2018, puis deux autres avec le télescope spatial Spitzer de la NASA en 2019. Comme la quantité de lumière bloquée dépend de la taille de la planète et de sa distance de son étoile, ces observations permettent de déterminer qu’AU Mic b fait environ la taille de Neptune et qu’elle passe devant son étoile tous les 8,5 jours.

La masse de la planète, elle, est partiellement contrainte par les observations faites précédemment au sol. En combinant les observations de l’IRTF avec celles de deux autres télescopes, l’Observatoire européen austral au Chili et l’observatoire W. M. Keck à Hawaii, l’équipe déduit que la masse est inférieure à environ 3,4 fois la masse de Neptune (ou 58 fois celle de la Terre). 

Un laboratoire unique pour comprendre la formation planétaire

AU Mic fournit un laboratoire unique pour déterminer comment les planètes et leurs atmosphères se forment, et comment elles interagissent avec le disque de débris et de gaz qui les voit naître. Les astrophysiciens se réjouissent de cette découverte, car on connaît peu de systèmes comme celui d’AU Mic. Non seulement la détection d’exoplanètes est difficile dans ces systèmes, mais ils sont aussi très rares parce que la période de formation planétaire est relativement courte par rapport à la vie d’une étoile. 

Le système est proche de nous et ainsi nous apparaît plus brillant, ce qui permet de l’observer avec une panoplie d’instruments, comme le spectrographe SPIRou. Étienne Artigau, un chercheur de l’iREx, explique: «Cet instrument, avec ses capacités polarimétriques, permettra de mieux distinguer les effets de l’activité de l’étoile qui se confondent souvent avec le signal des planètes. On pourra ainsi établir la masse d’AU Mic b avec précision et savoir si cette planète ressemble à une grosse Terre ou plutôt à une jumelle de Neptune.» D’autres astronomes de l’iREx sont enthousiastes à l’idée d’étudier l’atmosphère possiblement étendue de la planète, ce qui peut aussi être accompli avec SPIRou. 

L’un des intérêts de cette découverte est qu’AU Mic fait partie d’un groupe d’étoiles jeunes qui se sont formées à peu près en même temps et au même endroit.

À propos de cette étude

L’article «A planet within the debris disk around the pre-main-sequence star AU Microscopii» est paru dans l’édition du 24 juin 2020 de la revue Nature. En plus de Jonathan Gagné (Université de Montréal et Espace pour la vie), troisième auteur de l’article, l’équipe comprend l’auteur principal Peter Plavchan, professeur adjoint à l’Université George Mason, le second auteur Thomas Barclay, de l’Université du Maryland, et 82 autres coauteurs, dont l’ancien étudiant à la maîtrise à l’iREx David Berardo (aujourd’hui étudiant au doctorat au Massachusetts Institute of Technology).

À propos de l'iREx

L’Institut de recherche sur les exoplanètes (iREx) regroupe les meilleurs chercheurs et leurs étudiants afin de tirer pleinement profit des grands projets d’observation en cours ou à venir, avec l’objectif ultime de trouver de la vie ailleurs.

Relations avec les médias

  • Marie-Ève Naud
    Institut de recherche sur les exoplanètes de l'UdeM
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    Université de Montréal
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