La Faculté de musique garde le tempo

  • Forum
  • Le 24 juin 2020

  • Dominique Nancy
«La musique, on n’en parle jamais mieux que lorsqu’on la fait. Elle n’existe que comme ça et c’est sans doute pour cette raison qu’elle est si indispensable à nos vies. Son pouvoir émotionnel et sa capacité à relier les êtres sont irremplaçables», selon Nathalie Fernando.

«La musique, on n’en parle jamais mieux que lorsqu’on la fait. Elle n’existe que comme ça et c’est sans doute pour cette raison qu’elle est si indispensable à nos vies. Son pouvoir émotionnel et sa capacité à relier les êtres sont irremplaçables», selon Nathalie Fernando.

En 5 secondes

La doyenne de la Faculté de musique, Nathalie Fernando, parle des effets de la crise sur les activités de son unité.

Nathalie Fernando

Crédit : Amélie Philibert

Alors que l’Italie, l’Espagne et la France interdisaient tout déplacement, les habitants sont sortis sur leur balcon pour jouer des airs de saxophone, de piano, de violon ou de guitare. Partout dans le monde, des gens chantent, jouent de leur instrument et partagent leur liste de chansons sur les réseaux sociaux.

«La musique, on n’en parle jamais mieux que lorsqu’on la fait. Elle n’existe que comme ça et c’est sans doute pour cette raison qu’elle est si indispensable à nos vies. Son pouvoir émotionnel et sa capacité à relier les êtres sont irremplaçables», dit Nathalie Fernando.

La doyenne de la Faculté de musique de l’Université de Montréal est fière des membres de son unité qui ont été proactifs pour maintenir l’enseignement (offert maintenant à distance) et les canaux de communication avec les étudiants et étudiantes et les personnes diplômées en musique afin de les aider durant le Grand Confinement. «Opérations COVID-19» est le nom donné au plan d’action détaillé qui a été mis sur pied dès le début de la pandémie afin de permettre à la Faculté de musique d’être «créative et innovante dans la résilience». Mme Fernando répond à nos questions.

Comment la faculté d’après-COVID-19 peut-elle poursuivre le mouvement d’action et de transformation de la place et du rôle de la musique dans la société?

La crise est survenue alors que nous étions en pleine réforme de nos programmes et de notre repositionnement facultaire. Elle n’a fait qu’accélérer notre réflexion sur la façon d’enseigner la musique au 21e siècle. Comment forme-t-on des musiciens pour le milieu artistique de demain? Comment intégrer à nos formations les aspects multidimensionnels de la musique et du fait musical? Un concert sans public, est-ce possible? Quel rôle notre faculté peut-elle jouer dans le monde futur de la création? Qu’en est-il de son rôle dans le contexte d’une université citoyenne?

Voilà autant de questions sur lesquelles nous avons réfléchi et continuons de nous interroger. La crise est un bouleversement inattendu, source de plusieurs interrogations. C’est aussi, dans l’esprit qui nous anime depuis plusieurs mois, une occasion extraordinaire. La Faculté de musique fêtera ses 70 ans l’année prochaine. Depuis les débuts de son existence, elle a voulu faire de la musique «autrement». Cette capacité de résilience est dans notre ADN! Nous étions en train d’écrire une nouvelle page de notre histoire au centre de laquelle se trouve notre engagement envers notre communauté étudiante, pour son avenir et pour sa réussite artistique; la pandémie nous a immédiatement mobilisés face à une réalité nous incitant à accélérer le mouvement et à pousser plus loin nos ambitions.

Notre faculté est un élément moteur de l’activité musicale québécoise et doit continuer d’être un lieu d’innovation et de créativité dans un monde où il y a encore plus d’inconnues qu’avant. Il y aura potentiellement de nouveaux métiers de la musique qui émergeront de la crise. C’est aussi le moment de repenser nos programmes pour actualiser la formation universitaire des musiciens afin qu’ils puissent façonner le monde professionnel de demain, qui est plus que jamais en mutation. Il nous faut également élaborer des projets collaboratifs interdisciplinaires, étendre nos actions communautaires. Revoir l’accessibilité de la musique et de la connaissance musicale figure parmi nos priorités. Il est essentiel de travailler sur le lien de proximité du musicien et de la société.

Quelles ont été les initiatives de la faculté en matière d’enseignement à distance et d’espace virtuel?

Dès le début, nos efforts visaient à poursuivre nos chantiers facultaires et à garder le lien avec nos étudiants et étudiantes. Nous avons organisé des auditions à distance et réuni des jurys d’admission tout en effectuant le suivi auprès des futures personnes inscrites sans dépasser les délais. Nous avons aussi réussi à maintenir le processus de renouvellement du corps professoral par l’embauche de quatre nouveaux professeurs et professeures. L’évaluation de nos programmes a été faite en passant par des plateformes de communication.

Les cours à distance ont rapidement été instaurés. Grâce au dévouement de nos enseignants et enseignantes, l’École des jeunes a même offert ses cours en ligne pour aider à l'accompagnement des enfants durant la période de fermeture des écoles.

Parallèlement, la faculté est demeurée présente dans les médias sociaux. Un calendrier de publication a assuré une visibilité tant sur Instagram que sur Facebook. Un groupe privé a d’ailleurs été formé sur Facebook pour les étudiantes et étudiants étrangers. La communauté étudiante est au centre de notre mission et c’était un souci pour nous de la tenir informée et de rester en contact avec elle pour la rassurer.

Sur YouTube, le Festival #UdeMusiques a mis en vedette des membres du corps professoral de la faculté et une dizaine d’invités. Il s’agissait d’une tentative inédite pour nous. Son succès est la preuve que la musique ouvre une fenêtre sur le monde et aide à passer à travers les périodes difficiles. Du coup, la musique est devenue en quelques clics beaucoup plus accessible et nombreux sont ceux et celles qui ont pu voir ce que nous faisions à la faculté!

Nous avons également réalisé des enregistrements vidéos pour nos divers publics, dont des capsules destinées à nos donatrices et donateurs, qui ont été très généreux en cette période difficile. Enfin, nous avons procédé à l’organisation d’une veille et avons pris contact avec les autres établissements de musique, tant en Amérique du Nord qu’en Europe, par l’entremise de l’Association européenne des conservatoires afin de demeurer à l’affût des meilleures pratiques.

Pourquoi repenser l’offre de service de la faculté en fonction de ce que nous vivons?

Nous accueillerons dès l’automne prochain des professionnels reconnus du milieu audiovisuel pour nous aider à acquérir de nouvelles expertises. L’un de nos objectifs est de mettre en œuvre une approche créative de captation des productions de l’Orchestre de l’Université de Montréal, de l’Atelier d’opéra, du Big Band, du Nouvel Ensemble moderne, de nos concerts Ultrasons et de plusieurs autres de nos productions. Cela implique une présence numérique plus importante, un travail sur l’image et sur le scénario pour déterminer quoi montrer exactement au public et comment le faire au mieux. Nous sommes de plus en discussion avec des professeurs et professeures d’autres facultés pour offrir des laboratoires d’expérimentation au croisement des disciplines. Nos étudiants et étudiantes bénéficieront ainsi d’une formation plus riche et participeront directement à ces nouveaux projets audiovisuels.

Afin de préparer la faculté de demain, nous avons constitué deux groupes de travail. Le premier est axé sur l’enseignement en ligne et l’élaboration de moyens technopédagogiques spécifiques à l’enseignement de la musique. Le but est de fournir à notre corps enseignant et à nos étudiants et étudiantes les meilleurs outils technologiques ‒ relativement à la qualité du son, des enregistrements, de la communication ‒, de concevoir de nouveaux outils pour nous permettre de maintenir ce qui fait la qualité de nos programmes et d’innover dans les approches pédagogiques pour enseigner toutes les matières musicales avec des modalités hybrides et favoriser l’autonomie de l’apprenant.

Le second groupe est chargé de la saison et des productions musicales. Ces activités constituent un rayonnement fondamental pour la faculté, mais aussi un outil de formation essentiel pour nos étudiants et étudiantes. Il nous faut repenser la saison en fonction des effectifs, maintenir l’apprentissage et le cœur de ce qui constitue la formation d’un musicien, à savoir la performance, et revoir le concert avec un regard esthétique qui fonde notre signature.

À cet égard, nous prévoyons l’installation d’un plateau à la salle Claude-Champagne qui augmentera de plus de deux fois la surface habituelle de la scène afin d’assurer le placement des musiciens et musiciennes dans le respect des mesures sanitaires sécuritaires.

Qu’en est-il de l’enseignement pour la rentrée à l’automne?

Nous pensons maintenir des cours théoriques à distance pour libérer des lieux et permettre la tenue de l’enseignement individuel et en petits groupes, notamment pour la musique de chambre. Une dizaine de salles seront ainsi équipées de caméras et nous offrirons un équipement portatif pour l’étude et l’enseignement dans les meilleures conditions.

Un projet pilote a été lancé le 8 juin pour les étudiants et étudiantes qui ne possèdent pas chez eux l’instrument dont ils jouent ou encore si celui-ci est trop bruyant pour les voisins afin qu’ils puissent venir travailler à la faculté. Cela se fera avec une autorisation spéciale et l’organisation des locaux rendra possible une occupation sécuritaire des studios de répétition et des studios de création. Vous savez, un musicien, c’est un peu comme un athlète d’élite. Dans les deux cas, il est vital pour maintenir leur niveau de performance comme leur santé psychologique qu’ils puissent s’entraîner et s’adonner à leur passion de façon quotidienne!