De l’inquiétude au succès pour Marie-Odile Benoit-Biancamano

  • Forum
  • Le 29 juillet 2020

  • Catherine Couturier
Marie-Odile Benoit-Biancamano

Marie-Odile Benoit-Biancamano

Crédit : Marco Langlois

En 5 secondes

Malgré ses appréhensions initiales et les défis que pose l’enseignement de la médecine vétérinaire en ligne, Marie-Odile Benoit-Biancamano a vécu une expérience positive de l’enseignement à distance.

Comment s’est déroulée la transition en ligne?

En mars dernier, j’enseignais deux cours de la Faculté de médecine vétérinaire, dont un que je coordonnais. Lorsqu’on nous a annoncé qu’on devait convertir tout notre matériel et que les cours reprendraient la semaine suivante, j’étais, pour être franche, très inquiète : Est-ce que les professeurs allaient embarquer? Est-ce que les étudiants et étudiantes assisteraient aux cours en ligne? À ma grande surprise, tous les professeurs étaient prêts à enregistrer leurs séquences, ou à enseigner en direct sur Zoom, et ce, dès la semaine suivante. Le taux de participation des étudiants et étudiantes était excellent. C’était vraiment encourageant.

Aviez-vous déjà fait l’expérience de l’enseignement en ligne?

Un peu, mais c’était embryonnaire. Par contre, comme je suis technophile, plusieurs professeurs sont venus me voir pour me poser des questions sur certains outils. J’ai pu les conseiller en apprenant moi-même à maîtriser les outils; ça m’a mise en confiance. J’ai aidé plusieurs collègues à donner leur cours en direct ou en différé sur Zoom, mais j’ai personnellement opté pour des enregistrements avec montage audio.

Avez-vous eu recours à des ressources de l’Université pour vous soutenir?

J’ai suivi le cours du Centre de pédagogie universitaire (CPU) sur l’utilisation de Zoom, même si en mars nous avions eu seulement deux cours. Je leur ai aussi demandé du soutien pour la préparation des activités en ligne. Des conseillers pédagogiques m’ont guidée dans le choix des outils et une auxiliaire d’enseignement m’a épaulée pour convertir mon matériel. Les auxiliaires d’enseignement et les secrétaires de département nous ont également aidés à préparer les examens en ligne.

Comment vous assuriez-vous de garder les étudiants et étudiantes motivés?

J’ai entre autres utilisé des PowerPoint subdivisés en courtes capsules de 3 à 10 minutes. Dans ces capsules étaient intercalées des activités comme des cas cliniques et des jeux-questionnaires pour essayer d’illustrer la matière et de confirmer les acquis. J’ai utilisé le format H5P, un logiciel de création de contenu interactif qui apporte un aspect ludique. J’ai essayé de faire quelque chose d’interactif que les étudiants et étudiantes pouvaient faire chez eux au moment qui leur convenait. J’étais consciente que plusieurs suivaient des cours en direct sur Zoom, ce qui devient épuisant. J’ai donné accès à toutes mes notes aux étudiants. Ceux qui ne voulaient pas regarder mes enregistrements pouvaient simplement lire mes commentaires sur mes PowerPoint. Pour chaque section de cours, j’ai mis en place un forum StudiUM où je répondais aux questions d’ordre technique ou en lien avec la matière. C’est important d’avoir une bonne communication pour que les étudiantes et étudiants ne se sentent pas seuls avec leurs problèmes.

Comment se sont déroulées les évaluations?

Les examens se sont déroulés sur StudiUM, qui offre plusieurs options de questions. Les statistiques sur StudiUM nous permettent en plus d’avoir une vue d’ensemble et de voir s’il y a eu des problèmes avec certaines questions. En médecine vétérinaire, il reste que la grande majorité de la matière est du « par cœur ». Le plagiat était donc une crainte. Le CPU nous a donné des conseils : empêcher le retour en arrière, mélanger les questions, réduire la durée de l’examen. Il y avait tout de même un équilibre à atteindre, parce que certains étudiants et étudiantes ont tendance à éprouver de l’anxiété de performance, que ces mesures peuvent entraîner. Par ailleurs, la réussite aux examens fut excellente.

Quels sont les défis de l’enseignement en ligne?

Le temps et le stress étaient les principaux défis : écriture du script, enregistrement, montage. Ça peut prendre un peu de temps si on est perfectionniste! Gérer le stress des étudiants et étudiantes quand on est nous-mêmes stressés peut aussi devenir difficile. Le vice-décanat aux affaires étudiantes a facilité la communication et géré certaines situations plus difficiles.

Comment enseigner la médecine vétérinaire à distance?

Il faut dire qu’en médecine et en pathologie vétérinaires, on utilise beaucoup le visuel : examen des organes à l’œil nu et au microscope, manipulation des animaux. La numérisation des lames de microscope et les photos en 3D d’organes vont améliorer l’expérience en ligne. Ces outils ne sont pas complètement intégrés, mais ça s’en vient. Dans mes cours, on discute et on interagit énormément. Cette dynamique reste difficile à reproduire en ligne. La conversion des activités avec rétroaction intégrée demande beaucoup de réflexion pour que celles-ci soient fluides et dynamiques.

Des conseils pour vos collègues professeurs?

Ne pas se gêner pour demander de l’aide. Plusieurs personnes sont là pour nous épauler, sans compter nos collègues. Ceux-ci peuvent nous soutenir et nous recommander les bonnes personnes lorsqu’on vit une situation difficile. Ils s’avèrent une source d’inspiration pour nous aider à trouver des solutions réellement applicables dans nos cours.

Avez-vous une anecdote à partager?

J’ai mes enfants de 4 et 6 ans avec moi à la maison. À chaque réunion avec mes collègues, au moins un des deux venait toujours dire bonjour. Après un certain temps, j’ai commencé à diviser les journées avec mon conjoint et mes collègues m’ont demandé pourquoi mes enfants ne venaient plus me voir! Ils avaient pris l’habitude de les voir presque chaque fois.

Qu’est-ce qui vous a aidé à gérer votre stress et comment vous changez-vous les idées?

En mars, je faisais des semis pour mes plantes, et à l’arrivée de l’été, j’ai commencé à jardiner. Sinon, ç’a été de partager mon expérience avec mes collègues. Ça m’a soulagée de voir que tout le monde avait vécu le même genre de situation.