David Lussier: ma vie avec le coronavirus

David Lussier

David Lussier

En 5 secondes

Lui-même infecté par le virus de la COVID-19, le Dr David Lussier raconte son expérience de la pandémie.

«C’est un virus sournois qui a toujours une longueur d’avance sur nous», déclare le DDavid Lussier à l’animateur Guy A. Lepage dans le studio de Radio-Canada où l’on enregistre Tout le monde en parle ce 12 avril 2020. Ce que personne ne sait à ce moment-là, c’est que le gériatre, invité pour faire le point sur la pandémie dans la population âgée du Québec, est lui-même atteint du coronavirus. «Le diagnostic est tombé hier après-midi, écrit-il sur son fil Twitter le 14 avril: le test de dépistage que j’ai subi samedi dernier est positif. Comme des centaines de travailleurs québécois de la santé, j’ai donc été infecté par le virus de la COVID-19.»

Alors qu’il se place en quarantaine dans son sous-sol – ce qui n’empêchera pas le virus de contaminer sa femme et ses quatre enfants –, il devient lui-même LA nouvelle. À la suite de la diffusion de son micromessage, il reçoit plus de 50 demandes d’entrevue de médias d’ici et d’ailleurs. «J’ai dû couper mon téléphone pour souffler un peu», dit-il aux Diplômés deux mois après cet épisode. 

Le médecin de 54 ans originaire de Granby, triple diplômé de l’UdeM (psychologie 1991, médecine 1995, sciences cliniques 2000), profite de sa pause du midi à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM) pour répondre à nos questions. Il est souriant, affable et généreux de son temps même s’il a eu du mal à trouver un moment pour nous parler dans son horaire chargé. Ce spécialiste de la douleur chez les personnes âgées – un des rares au Canada – accepte de revenir sur les évènements des derniers mois. 

«J’ai eu une version légère de l’infection. Très peu de symptômes: maux de tête, fatigue et une perte d’appétit, malheureusement de courte durée», lance-t-il. Blague à part, il ressent une certaine culpabilité quant à l’infection qui s’est transmise à sa famille. «Y a-t-il d’autres métiers qui font porter le poids des responsabilités professionnelles à nos proches? Pas certain. La vie des familles du personnel de la santé était en péril à cause de nos jobs.» 

Gériatre au front

Au terme de ses études de médecine au tournant du millénaire, le jeune clinicien est attiré par une spécialité encore nouvelle – la gériatrie est reconnue seulement depuis 1987 au Québec – pour les défis multiples qu’elle recèle. «Ça fait un peu cliché, mais je trouvais que tout était à faire dans cette spécialité où les aspects biopsychosociaux sont incontournables», résume-t-il. 

Alors que de nombreuses recherches portent sur le traitement de la douleur chez les patients hospitalisés, très peu concernent la population âgée qui fait face à des enjeux particuliers. Contrairement à la plupart des malades «dans la fleur de l’âge» qui verront la source de leurs maux disparaître, les aînés ressentent très souvent des douleurs dont les causes demeurent. Le jeune médecin va étudier cette question auprès de spécialistes mondialement reconnus à New York, de 2001 à 2004. 

À son retour, il pratique quelques années au Centre universitaire de santé McGill, où il met sur pied une clinique de gestion de la douleur chronique destinée spécifiquement aux patients âgés, une première au Canada. Il se joint ensuite à l’équipe de l’IUGM où, en plus d’ouvrir, là aussi, une clinique de la douleur pour les aînés, il devient directeur scientifique du programme AvantÂge, qui a pour mission de transférer les connaissances sur le vieillissement par le biais de conférences et d’ateliers. En plus d’enseigner à l’Université de Montréal et à l’Université McGill, il siège à différents comités, dont la Commission sur les soins de fin de vie du Québec. À ce titre, il a participé activement aux travaux entourant l’aide médicale à mourir et est très fier du travail accompli. Le Québec, estime-t-il, est la nation qui a le mieux traité cette délicate question de la mort dans la dignité. 

Au cœur de la crise

Même si le coronavirus a frappé fort (dans son unité, la grande majorité du personnel et des patients ont été déclarés positifs), le clinicien s’estime privilégié d’avoir pu observer de l’intérieur cette pandémie. La COVID-19, souligne-t-il, n’est pas une maladie comme les autres. 

«Les premiers jours de l’infection, on va bien, mais on est déjà contagieux. Entre les 7e et 11jours, les effets apparaissent soudainement et ça peut aller très vite.» 

Le médecin a vu des dizaines de patients mourir durant les premières semaines de la crise. La mort n’est pas une réalité nouvelle pour cet homme qui travaille en gériatrie et dans les services de soins palliatifs. «Ce qui était difficile, c’était la solitude dans laquelle étaient plongées les personnes infectées», soupire-t-il. 

Le 1er juillet 2020, le DLussier écrit sur Twitter que l’IUGM ne compte plus aucun malade de la COVID-19. Enfin une bonne nouvelle, 14 semaines après le premier cas déclaré, le 22 mars. «Ce furent trois mois très difficiles pour les patients, les proches et le personnel, ajoute-t-il. Il faut maintenant tout faire pour tenir le virus à distance tout en se préparant au pire.» 

Écrire sa vie: 400 autobiographies pour Janette

Janette Bertrand

«David, on va demander aux aînés d’écrire leur autobiographie. C’est une partie de l’histoire du Québec qu’ils vont raconter», lance Janette Bertrand à son gériatre au début du grand confinement. Le DLussier, qui traite depuis plusieurs années l’animatrice, dramaturge et auteure de 94 ans, également diplômée en lettres de l’UdeM, trouve l’idée excellente. Son équipe crée un onglet «Écrire sa vie!» sur le site d’AvantÂge (centreavantage.ca) pour diffuser les capsules hebdomadaires de Mme Bertrand. L’enthousiasme pour ce projet est instantané. Deux mois plus tard, pas moins de 400 documents ont été envoyés et chacune des capsules a été vue plusieurs milliers de fois.