Des médicaments existants pour réduire les symptômes de la COVID-19?

  • Forum
  • Le 14 décembre 2020

  • Martin LaSalle
À partir des bases de données publiques traitant de l’inflammation causée par la COVID-19 et des cellules de poumons infectées par le coronavirus, les chercheurs ont dressé une liste d’un peu plus de 50 médicaments qui pourraient être utilisés rapidement contre les symptômes de la COVID-19. Sur l'image, on aperçoit la chercheuse Natasha Sala.

À partir des bases de données publiques traitant de l’inflammation causée par la COVID-19 et des cellules de poumons infectées par le coronavirus, les chercheurs ont dressé une liste d’un peu plus de 50 médicaments qui pourraient être utilisés rapidement contre les symptômes de la COVID-19. Sur l'image, on aperçoit la chercheuse Natasha Sala.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Des médicaments déjà homologués pour d’autres fins cliniques pourraient réduire les symptômes inflammatoires causés par l’infection au SRAS-CoV-2, responsable de la COVID-19.

Plusieurs médicaments déjà homologués par la Food and Drug Administration (FDA), aux États-Unis, pourraient potentiellement être utilisés afin d’atténuer les symptômes de la COVID-19.

C’est ce que révèle une étude publiée récemment dans la revue iScience qu’a effectuée le chercheur bio-informaticien Nehme Hachem sous la supervision du professeur Moutih Rafei, du Département de pharmacologie et physiologie de l’Université de Montréal.

Issue d’une collaboration avec une équipe internationale de chercheurs du Canada et d’autres pays, l’étude pointe notamment trois types de médicaments prometteurs qui sont présentement testés sur des patients atteints de la COVID-19.

Il s’agit du fostamatinib, du baricitinib et des corticostéroïdes ‒ les deux premiers étant susceptibles d’empêcher une inflammation excessive dans les poumons chez les personnes infectées par le coronavirus.

Le fostamatinib est utilisé pour le traitement de la thrombocytopénie immunitaire chronique: il réduit la destruction des plaquettes par le système immunitaire. Le baricitinib est une molécule employée contre les symptômes de la polyarthrite rhumatoïde. Quant aux corticostéroïdes (de la famille de la dexaméthasone et de la bétaméthasone), ce sont des anti-inflammatoires à large spectre.

À noter que la colchicine est un autre médicament qui pourrait contribuer à diminuer les symptômes de la COVID-19, selon l’analyse de MM. Hachem et Rafei. Habituellement prescrite pour traiter la goutte (arthrite goutteuse), la colchicine fait l’objet de l’étude clinique COLCORONA au Québec.

Des médicaments pouvant être utilisés rapidement

Moutih Rafei

Crédit : Amélie Philibert

Pour arriver à ces résultats, Nehme Hachem a analysé les bases de données publiques traitant de l’inflammation causée par la COVID-19, des cellules de poumons infectées par le coronavirus et de la réponse que les médicaments existants pourraient entraîner.

Cette piste a permis de dresser une liste d’un peu plus de 50 médicaments qui pourraient être utilisés rapidement, selon Moutih Rafei, d’autant plus que la plupart font déjà l’objet d’essais cliniques contre le coronavirus. «Nos résultats renforcent la validité de notre approche bio-informatique, mentionne le professeur Rafei. La communauté scientifique doit mener d’autres études cliniques avec ces médicaments déjà approuvés par la FDA en monothérapie ou en association avec un régime antiviral, car ils pourraient conduire à des résultats significatifs dans des formes aigües de la maladie.»

Fait particulier, la chloroquine ne fait pas partie de la liste de médicaments établie à partir de l’analyse des chercheurs, «car elle n’a pas d’effet réel sur la maladie, ajoute le professeur. Et cette nouvelle approche bio-informatique, en combinaison avec des techniques d’intelligence artificielle, est prometteuse pour l’industrie pharmaceutique».

Des vaccins à l’étude

Par ailleurs, Moutih Rafei poursuit ses recherches afin de trouver un vaccin pouvant immuniser les humains contre le SRAS-CoV-2.

Son laboratoire s’intéresse plus particulièrement à deux types de vaccins: l’un cellulaire et l’autre recourant à une nouvelle formulation d’antigène à base de protéines.

«Pour créer un vaccin cellulaire, nous nous servons des protéines du virus pour qu’elles soient dégradées et présentées à la surface de nos cellules intelligentes afin d’activer les lymphocytes T du système immunitaire», explique-t-il.

Dans le cas du deuxième vaccin, il fait appel à une nouvelle formule modifiant l’antigène afin d’optimiser son expression à la surface des cellules qui présentent un antigène ‒ une technologie appartenant à une compagnie de biotechnologie canadienne ‒ toujours dans l’objectif de stimuler le système immunitaire.

«La création de ces vaccins va toutefois prendre encore un peu de temps», conclut le professeur Rafei.