L’activité physique améliore la santé cognitive des personnes obèses

  • Forum
  • Le 14 décembre 2020

  • Martin LaSalle
L'obésité est associée à un déclin cognitif prématuré. Or, une étude démontre que les personnes obèses qui sont physiquement actives obtiennent des résultats équivalents aux performances de participants non obèses, et ce, dans toutes les sphères de la cognition.

L'obésité est associée à un déclin cognitif prématuré. Or, une étude démontre que les personnes obèses qui sont physiquement actives obtiennent des résultats équivalents aux performances de participants non obèses, et ce, dans toutes les sphères de la cognition.

Crédit : Getty 2019

En 5 secondes

Les personnes obèses qui sont physiquement actives ont une meilleure santé cognitive que celles qui sont sédentaires, selon une étude menée à l’Institut de cardiologie de Montréal.

Plusieurs études indiquent qu’être physiquement actif a de nombreux bienfaits sur la santé en général, dont la santé cognitive. Toutefois, aucune n’avait jusqu’ici mesuré, chez les personnes obèses, l’effet de l’activité physique sur leurs fonctions cérébrales.

Des chercheurs du Centre ÉPIC de l’Institut de cardiologie de Montréal ont voulu pallier cette lacune, sachant que l’obésité peut être associée à un déclin cognitif accéléré.

De fait, les individus obèses sont plus à risque de souffrir de maladies cardiovasculaires, d’hypertension et de diabète et ces maladies sont liées à une augmentation du risque de déclin cognitif et de démence, comme la maladie d’Alzheimer.

Sous la supervision du professeur Louis Bherer, de l’Université de Montréal, Maxime Boidin a publié récemment les résultats de sa thèse de doctorat dans le Journal canadien de cardiologie.

Forme physique et performances cognitives

Louis Bherer

Crédit : Amélie Philibert

Dans ses travaux de recherche, Maxime Boidin a comparé les performances cognitives de 23 personnes obèses en moins bonne forme physique avec celles de 26 autres en meilleure forme physique et de 14 individus non obèses. L’ensemble des sujets était composé à 76 % d’hommes âgés de 46 à 75 ans.

Pour vérifier l’association entre les diverses composantes de la forme physique et les performances cognitives, les participants et participantes ont pris part à une séance d’effort cardiopulmonaire sur vélo au cours de laquelle on a mesuré leur capacité aérobie ou VO2 max. C’est de cette façon qu’ont été catégorisées les personnes obèses quant à leur forme physique.

Puis, les sujets ont effectué différents tests évaluant la mémoire à court terme et de travail, la vitesse de traitement de l’information, la fonction exécutive et la mémoire verbale à long terme.

Conclusion: comparativement aux participants et participantes obèses les moins en forme, ceux et celles ayant obtenu un meilleur résultat au VO2 max affichaient aussi de meilleures performances pour ce qui est de la fonction exécutive et de la mémoire à court terme.

Plus encore, ces derniers ont obtenu des résultats équivalents aux performances du groupe témoin non obèse, et ce, dans toutes les sphères de la cognition.

Les potentiels mécanismes en cause

Selon les auteurs de l’étude, il est possible que ces effets soient associés à des changements physiologiques inhérents à l’obésité, comme l’inflammation du système vasculaire et le stress oxydatif.

De fait, 13 des 23 personnes obèses et en moins bonne forme (60 %) souffraient de diabète, contre 5 parmi les 26 individus obèses en meilleure forme (20 %). Or, la résistance à l’insuline dont souffrent les diabétiques est responsable d’une dysfonction endothéliale qui pourrait être liée au déclin cognitif.

«Parmi nos sujets obèses, le fait d’avoir une meilleure capacité aérobie pourrait être associé à des facteurs de plasticité neuronale qui soutiendraient le fonctionnement cognitif», dit Louis Bherer.

Ne pas se laisser aller à la sédentarité

Pour M. Bherer, les résultats de cette étude comportent deux messages.

«D’une part, l’activité physique a des bienfaits sur la santé cognitive peu importe l’âge et le poids ‒ qui plus est chez les personnes en surpoids, qui ne devraient pas se laisser aller à la sédentarité», insiste-t-il.

«D’autre part, on a souvent l’idée que si l’on ne perd pas de poids malgré un entraînement soutenu, c’est que cet entraînement n’est pas approprié, mais ce n’est pas le cas: même sans perte de poids, l’activité physique est bonne également pour la tête!»

Cette dernière assertion est d’autant plus importante que, chez les personnes obèses, les légers déficits des fonctions exécutives peuvent se manifester de 5 à 10 ans avant que surviennent les troubles de la mémoire.

«En effectuant des exercices physiques de façon assidue ‒ 15 minutes par jour pour les plus âgés et de 45 à 60 minutes chez les plus jeunes ‒, il faut de un à trois mois pour obtenir un effet bénéfique sur la cognition, conclut Louis Bherer. Et il est recommandé de combiner des exercices aérobies et de force musculaire qui, elle aussi, a un effet notable sur la cognition des gens.»