Entre histoire et essence
Pour Bernard Perron, si les films d’horreur parviennent si habilement à nous hérisser le poil, c’est parce que ce genre puise dans les grandes angoisses de notre humanité (la peur de l’autre, de l’inconnu, de l’au-delà, des multiples dangers qui nous guettent), en plus de se coller au contexte sociohistorique.
«L’appellation “cinéma d’horreur” est née dans les années 30, quand Universal Pictures a commencé à présenter ses monstres tels les vampires et les loups-garous. Les gens étaient alors horrifiés, puisque c’était la première fois qu’ils voyaient de telles créatures à l’écran et que cela était vraiment troublant. Dans les années 50, on craignait les extraterrestres et la guerre froide, puis on a vu apparaître le body horror. Aujourd’hui, c’est par exemple un film comme Host (2020), qui met en vedette la plateforme de vidéoconférence Zoom et un fantôme, qui nous fait frémir.»
Le professeur croit d’ailleurs que le contexte pandémique actuel sera favorable à la création d’œuvres effrayantes. Il pressent une apparition de films portant sur «la peur des virus et la méfiance à l’égard des industries pharmaceutiques, mais aussi sur la perte de sociabilité, l’isolement et la démence».
M. Perron ajoute que, pour nous glacer le sang, le cinéma d’horreur fait également appel au «retour du refoulé», une expression inventée par Sigmund Freud pour désigner le retour à la conscience de pensées réprimées. «Dans la vie, nous sommes toujours en train d’enfouir au fond de nous ce qui nous effraie. Prenons l’exemple du zombie, que j’étudie plus spécifiquement. Il nous dérange parce qu’il évoque certes notre finalité à tous, soit la mort, mais aussi la vieillesse, avec le corps qui change, la peau qui se putréfie, la démence qui s’installe.»