De l’épuisement engendré par le choix de l’émission aux représentations trop près de la réalité, plusieurs éléments dans l’expérience quotidienne du visionnement d’une série offerte sur une plateforme de diffusion en continu peuvent créer de l’inconfort. Et c’est parfois utile. C’est ce que scrute Marta Boni, professeure au Département d’histoire de l’art, de cinéma et des médias audiovisuels de l’Université de Montréal, dans un projet de recherche qui s’étendra jusqu’à 2030. Elle présentera quelques-uns de ses premiers résultats au colloque «Zone de confort / Zone d’inconfort: médias et affects quotidiens», tenu à l’UdeM du 8 au 10 octobre.
Qui ne s’est pas déjà senti étourdi devant la proposition infinie de titres d’une plateforme de diffusion en continu et qui, après avoir lu une foule de descriptions, a fini par baisser les bras? En naviguant sur le site Web communautaire Reddit, la chercheuse a souvent éprouvé cette fatigue du choix. «Les internautes se trouvent dépassés et finissent par se tourner vers une série qu’ils ont déjà regardée 30 fois, remarque-t-elle. Ils n’osent pas opter pour un titre qu’ils ne connaissent pas.»
Nostalgie, quand tu nous tiens
Plus surprenant: elle a lu des commentaires de personnes qui se sont fait conseiller de nouvelles séries, qui ont commencé à les regarder, qui les ont aimées, mais qui n’ont pas trouvé la motivation de poursuivre leur visionnement. Elles sont plutôt retournées vers des séries déjà visionnées.
«Cela témoigne de l’anxiété vécue par rapport à l’expérience du visionnement, indique Marta Boni. La nouveauté crée de l’inconfort. La personne peut chercher davantage à être rassurée, confortée, engourdie devant l’écran. Dans ces cas-là, la nostalgie est très présente. Les gens mentionnent souvent revisionner les séries The Office et Les invincibles. Cela peut représenter une occasion de répit, un espace de protection nécessaire face à la surstimulation de la vie quotidienne.»