MC: Par exemple, la Commission des états généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec, présidée par Gérald Larose en 2000-2001, a retenu la recommandation que je lui ai présentée, selon laquelle toutes les universités québécoises devraient se doter d’une politique linguistique. Retenue également par le gouvernement, cette recommandation a donné lieu à une modification à la Charte de la langue française en 2002. Aujourd’hui, toutes les universités de la province ont une politique qui encadre en leur sein l’utilisation du français et des autres langues.
BM: De plus, la participation du Bureau de valorisation de la langue française et de la Francophonie de l’UdeM, consistant à faire un jumelage linguistique entre des étudiants et des commerçants du quartier Côte-des-Neiges, est un bel exemple qui a permis de renforcer l’usage du français au travail. Non seulement ce projet – amorcé en 2016 et mené sous votre gouverne, Monique! – a connu beaucoup de succès, mais il s’est poursuivi dans d’autres arrondissements montréalais ainsi qu’en banlieue, avec la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.
MC: Le concours d’éloquence Délie ta langue! est une autre illustration des actions entreprises par le Bureau pour valoriser l’usage du français, en favorisant dans la communauté étudiante le développement de compétences en art oratoire dans la prise de parole en public. Je crois beaucoup à ce concours, auquel l’Université du Québec à Rimouski a participé cette année, et je rêve qu’il s’étende un jour à l’ensemble des universités québécoises.
Ce qu’il faut retenir de ces exemples est que notre principal défi au chapitre de la langue française est sa valorisation, et pas uniquement sa défense. La question linguistique progresse au Québec, entre autres avec le projet de loi no 96 pour protéger le statut du français dans certains cas, mais la valorisation est un mode positif, qui favorise l’offensive, et c’est là tout un champ à exploiter qu’ouvre actuellement la question linguistique.
BM: L’adoption de la Charte de la langue française, en 1977, a une dimension historique: l’époque commandait une défense de la langue, mais cette stratégie ne suffit plus aujourd’hui, surtout auprès des jeunes. Le discours alarmiste sur l’état de la langue chez les jeunes est non seulement contre-productif, mais il ne repose sur aucune donnée valable. On n’est pas devant une catastrophe linguistique, on est dans le jugement de valeur: plusieurs étudiants s’expriment tout aussi bien, sinon mieux, que ceux d’avant. Comme toujours, il y en a des bons et des moins bons.
MC: Il y a quand même certains points inquiétants, comme les résultats mitigés des futurs enseignantes et enseignants au test de certification en français écrit pour l’enseignement. Je pense aussi à la fragilité du français, langue des sciences et des techniques, dans le domaine de la recherche universitaire de même que dans les milieux de travail. Nous avons besoin de mesures législatives pour protéger la langue et assurer son maintien, mais nous avons aussi besoin d’innovations pour valoriser son usage afin que les jeunes ressentent de la fierté à parler français et à travailler en français.
C’est pourquoi je ne vois pas d’un œil favorable que les finissants de cinquième secondaire puissent fréquenter un cégep de langue anglaise. Il faut pouvoir vivre au quotidien en français, y compris dans le milieu du travail. En suivant une formation supérieure en anglais, le risque est grand qu’on ne connaisse pas le vocabulaire propre à son domaine de spécialisation et qu’on utilise spontanément le vocabulaire de ses études, l’anglais en l’occurrence. Sans parler du choix d’une université autre que de langue française par la suite…
BM: Je n’adhère pas spontanément à l’interdiction d’aller au cégep en anglais, mais il va de soi que la langue commune du travail est fondamentale. On accorde trop d’importance à la langue parlée à la maison et à la langue maternelle. L’indicateur de l’évolution de l’usage du français qui doit prévaloir est la langue parlée au travail. Et c’est une question qui concerne essentiellement la grande région de Montréal. Du reste, être unilingue francophone n’est pas souhaitable, il faut s’ouvrir aux autres langues.
MC: Sur ce point, nous sommes tout à fait d’accord: il ne faut pas «moins de langues», mais «plus de langues»!