L’UdeM crée une chaire en études féministes, genres et sexualités

En 5 secondes La nouvelle chaire veut soutenir des études capables d’éclairer des réalités souvent invisibilisées et renforcer les collaborations entre les équipes de recherche et les milieux communautaires.
La toute première Chaire d’excellence en études féministes, genres et sexualités de l'Université de Montréal a été lancée au mois de mai.

La Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal vient de lancer la toute première Chaire d’excellence en études féministes, genres et sexualités. 

À l’heure où les discours antigenres, antitrans et antimigrations gagnent en visibilité dans plusieurs pays, y compris dans des États où les droits des communautés LGBTQI+ semblaient acquis, cette nouvelle chaire vise la création d’un lieu de recherche en vue de relier ces enjeux plutôt que de les traiter séparément.  

«Ces discours sont souvent liés entre eux. Les mêmes acteurs et les mêmes considérations idéologiques alimentent fréquemment les attaques contre les personnes migrantes et contre les minorités sexuelles et de genre. Produire des données scientifiques rigoureuses devient alors une manière de construire des contrerécits fondés sur la recherche plutôt que sur l’idéologie», estime Ahmed Hamila, professeur au Département de sociologie de l’UdeM et titulaire de la Chaire. 

Comprendre des réalités imbriquées

La Chaire s’articule autour de trois grands axes de recherche. Le premier porte sur les trajectoires et les récits des personnes LGBTQI+ migrantes, réfugiées ou demandeuses d’asile. Les travaux menés dans cet axe s’intéressent à la fois aux expériences vécues par ces populations et aux mécanismes institutionnels qui façonnent leur accès à la protection internationale, notamment les catégories et critères établis par les autorités pour évaluer les demandes fondées sur l’orientation sexuelle, l’identité ou l’expression de genre. 

«Les liens entre migration et sexualité sont plus étroits qu’on pourrait le croire. Au Canada, dans les années 1950, l’homosexualité pouvait constituer un motif d’exclusion migratoire, les personnes des minorités sexuelles étant alors perçues comme déviantes ou indésirables. Quelques décennies plus tard, en 1993, les persécutions fondées sur l’orientation sexuelle ont été reconnues comme un motif pouvant justifier l’octroi du statut de réfugié. Une même caractéristique – le fait d’appartenir à une minorité sexuelle ou de genre – a donc pu, selon les époques et les contextes, servir à exclure certains individus du territoire ou, au contraire, à leur offrir une protection», explique Ahmed Hamila. 

Le deuxième axe concerne l’accès aux soins de santé et aux services sociaux pour les personnes LGBTQI+, particulièrement les personnes migrantes et racisées. Développé en collaboration avec la Clinique Mauve, il aborde les obstacles qu’elles rencontrent dans les systèmes de santé ainsi que les pratiques favorisant des services plus inclusifs et équitables. Parmi les projets en cours figure une étude réalisée au Québec et en France sur la navigation par les pairs, soit des personnes issues des communautés LGBTQI+ migrantes qui en accompagnent d’autres dans leurs parcours de soins afin d’améliorer leur accès aux services et de réduire les inégalités de santé. 

Dans le troisième axe, on se penche sur les solidarités transnationales LGBTQI+ et féministes. Les travaux cherchent à comprendre comment se construisent les liens de solidarité entre différents pays et différents mouvements militants. Que signifie une solidarité queer ou féministe à l’échelle internationale? Comment soutenir des luttes sans reproduire des rapports de pouvoir néocoloniaux? 

Une recherche construite avec les communautés 

Au-delà des thèmes étudiés, la Chaire souhaite aussi transformer la manière de faire de la recherche. Plusieurs projets sont mis sur pied en partenariat avec des organismes communautaires comme AGIR Montréal, qui accompagne les personnes LGBTQ+ migrantes et réfugiées, ou Égides, une organisation de bienfaisance engagée dans la défense des droits des personnes LGBTQI+ à travers le monde francophone. 

Les organismes participent à la conception des projets, avant même les demandes de financement. Ils contribuent ensuite à la collecte de données, à l’analyse et à la mobilisation des connaissances. 

Cette approche collaborative fait partie d’une réflexion plus large sur l’éthique de la recherche. «Comment produire des connaissances sans adopter une logique “extractiviste”, où les communautés deviennent simplement des objets d’étude? Comment construire des projets réellement utiles pour les personnes concernées? Les approches féministes, queers et décoloniales occupent ici une place centrale», indique Ahmed Hamila. 

Briser les silos universitaires et favoriser l'internationalisation  

La création de cette chaire reflète une transformation interne à l’Université de Montréal. Au cours des dernières années, plusieurs professeures et professeurs dont les travaux portent sur les rapports sociaux de genre et de sexualité ont été recrutés par divers départements, contribuant à renfoncer ce champ d’études.  

Cette dynamique s’est aussi traduite par l'offre de nouvelles formations, dont une mineure et un diplôme d’études supérieures spécialisées en études féministes, genres et sexualités, qui témoignent de l’intérêt grandissant pour ces questions dans la communauté universitaire. La Chaire s’inscrit dans cet élan institutionnel et vise à solidifier les liens entre les personnes qui travaillent sur ces thèmes en créant un espace commun qui favorise les échanges, les collaborations et l’élaboration de projets interdisciplinaires. 

L’internationalisation est également au cœur de la mission de la Chaire. Celle-ci est déjà engagée dans plusieurs initiatives lancées à l’étranger, dont l’école d’été Genres, sexualités, santé et migrations, pensée avec Aix-Marseille Université, ainsi que le projet du G3 de la Francophonie Études LGBTQI+ en Francophonie: recherches, formation et mise en réseau, qui rassemble l’Université de Montréal, l’Université libre de Bruxelles et l’Université de Genève.  

Pour Ahmed Hamila, ces initiatives contribuent à renforcer les collaborations internationales, la formation de la relève et le rayonnement des recherches sur les genres et les sexualités tout en offrant «une façon d’ancrer rapidement la Chaire dans des réseaux de collaboration déjà actifs à travers la francophonie». 

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