Dans une étude publiée dans Nucleic Acids Research, l’équipe de Francis Rodier, chercheur au Centre de recherche du CHUM (CRCHUM) et professeur à l’Université de Montréal, montre pour la première fois que la «sénescence cellulaire», un état atteint lorsque des cellules vieillissantes cessent de se diviser, est provoquée par des dommages irréparables au génome plutôt que par la seule érosion des télomères.
Cette découverte va à l’encontre du modèle scientifique en vogue depuis 15 ans. Celui-ci repose sur un principe: les télomères, des capuchons situés à l’extrémité des chromosomes et servant à protéger l’information génétique, s’érodent à chaque division cellulaire. Dès qu’ils deviennent trop courts, ils signalent à la cellule qu’elle doit arrêter de se diviser et empêchent ainsi la dégradation de son ADN. Mise au repos, la cellule entre alors en sénescence.
Pour que ce modèle soit valide, l’inactivation d’un seul télomère devait être suffisante pour déclencher le programme de sénescence. En réalité, le laboratoire de Francis Rodier et bien d’autres scientifiques avaient déjà remarqué que plusieurs télomères dysfonctionnels étaient nécessaires à l’amorce de la sénescence.
«Le plus surprenant, c’est qu’avant d’entrer vraiment en sénescence les cellules se divisent une dernière fois. En fait, l’arrêt de la division cellulaire causé par le dysfonctionnement du télomère est si instable qu’il finit par créer des anomalies génétiques. Les cellules sénescentes ont, contrairement à ce qu’on pensait, un génome anormal. C’est ce que nous montrons aussi dans notre étude», dit le chercheur.