Pourquoi ne pas s’en tenir qu’aux pays démocratiques pour accueillir les JO?
«Les Jeux olympiques sont la quintessence du multilatéralisme, car ils réunissent tous les États et leurs représentants qui sont en compétition, illustre Jocelyn Coulon. Les Nations unies forment le seul autre forum qui regroupe autant de pays.»
Selon le chercheur du Centre d'études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM), l’accent devrait être mis sur les athlètes et leurs performances et, bien qu’il soit souhaitable de dépolitiser les Jeux olympiques, il serait naïf de croire que les pays hôtes se priveraient de promouvoir leurs modèles et les valeurs qui les sous-tendent.
«On ne peut éviter que les Jeux olympiques soient politisés, mais le CIO pourrait inviter les athlètes sans inviter les États et abolir, par exemple, les hymnes nationaux et les drapeaux pour se concentrer sur les épreuves sportives, avance Jocelyn Coulon. Mais le CIO est pris en otage et ce n’est pas demain la veille qu’on trouvera une solution pour qu’il se dégage de ce cadre.»
Et si la solution résidait dans l’attribution des jeux aux seuls pays démocratiques?
«Encore faut-il définir quelle est la mesure de la démocratie, avertit le spécialiste de politique étrangère et de gouvernance mondiale. Lorsqu’on accorde les Jeux olympiques à un pays, on ne peut prédire s’il deviendra autoritaire 10 ans plus tard, lorsque les jeux auront lieu.»
En effet, lorsque le CIO a désigné la Chine pour tenir les jeux d’hiver de 2022, l’autre pays en lice était le Kazakhstan, «qui n’est pas parmi les 10 pays dont la démocratie fait consensus» et la course était serrée. «Les pays qui ont voté pour la Chine savaient que celle-ci a toujours été autoritaire et, à l’époque, Xi Jinping n’était président que depuis trois ans et la question des Ouïgours, tout comme celle de Taïwan, n'était pas encore l'enjeu humanitaire qu'elle est devenue maintenant», rappelle le chercheur du CÉRIUM.
«Cette question revient chaque fois qu’on organise un grand évènement mondial; mais si l’on ne considérait que l’aspect démocratique, il n’y aurait qu’une quarantaine de pays sur 193 qui pourraient aspirer à tenir les jeux, sans savoir s’ils seraient en mesure de les organiser, poursuit Jocelyn Coulon. Ce genre d’organisation nécessite des structures d’accueil et beaucoup d’argent et, avec le différentiel qui existe déjà entre les pays du Nord et ceux du Sud, si l’on ajoute un critère additionnel basé sur la démocratie, on ne tiendra les JO qu’entre nous!»