Contrairement à son hypothèse de départ stipulant que l’aide médicale à mourir facilite davantage le travail de deuil que la mort naturelle, Philippe Laperle n’a pas observé de différences particulières en ce qui a trait à l’intensité des émotions et à la détresse associées aux deux types de deuil.
Plus encore, les faibles scores au chapitre des symptômes de détresse indiquent que «les deux contextes tendent à faciliter le deuil à certains égards, souligne-t-il. Néanmoins, certains endeuillés ont malgré tout rapporté des symptômes liés à un deuil plus difficile, qui se manifestaient surtout par la dépression et la culpabilité».
Les entrevues ont toutefois permis de constater que, quelle que soit la façon dont survient un décès prévisible, les expériences vécues par les personnes en deuil sont multiples et, parfois, mitigées. Et que les souvenirs laissés par les derniers moments en fin de vie, et la séparation que provoque le décès, peuvent être soit douloureux, soit réconfortants ou même les deux à la fois, selon le cas.
«Lorsque la préparation à la mort et l’acceptation de son arrivée imminente se font à un rythme similaire entre le mourant et son proche, les deux personnes arrivent mentalement et émotionnellement au même point au moment du décès, ce qui facilite le deuil qui s’amorce, explique le futur psychologue. À l’inverse, si par exemple l’une des deux est dans le déni tandis que l’autre accepte la mort, cela laisse des traces plus sensibles.»
De même, que le décès survienne par l’aide médicale à mourir ou de façon naturelle en contexte de sédation palliative continue – où le niveau de conscience de la personne est abaissé jusqu’à ce que sa maladie l’emporte –, la «procédure» peut être perçue dans les deux cas comme expéditive par certains endeuillés. Pour d’autres qui étaient en synchronisme avec le défunt, l’expérience se vit sereinement et la mort arrive tout simplement au bon moment.
Des impressions positives et négatives peuvent aussi survenir à la suite de la séparation ultime provoquée par le décès. Certains gardent le souvenir d’avoir accompagné un «héros» qui incarne, en contexte d’aide médicale à mourir, des valeurs de liberté, de contrôle, de courage ou d’immortalité. En contexte de mort naturelle, il incarne plutôt la beauté qui ne s’estompe jamais complètement et demeure malgré le dépérissement.
D’autres, cependant, restent avec le sentiment d’avoir été abandonnés par leur héros. Le vide qu’il laisse derrière lui n’en est que plus grand.
«Il importe de mentionner que chaque deuil est différent et que ces empreintes ne sont pas omniprésentes, conclut M. Laperle. Règle générale, elles fluctuent dans le temps, surgissent momentanément, s’estompent par la suite ou encore se transforment. D’autres facteurs influencent le deuil, dont le lien d’attachement et l’expérience de la proche aidance, et ils peuvent accentuer ou diminuer l’effet des empreintes laissées par l’aide médicale à mourir ou la mort naturelle.»