La Maison mobile pour offrir des soins palliatifs dans la rue

Par UdeMnouvelles
En 5 secondes Offrir des soins palliatifs aux personnes en situation de grande précarité sociale: c’est la mission que s’est donnée la Dre Marie-Hélène Marchand en créant le projet Maison mobile.
La Dre Marchand intervient auprès de Luc Collin

Quand l’équipe de la Maison mobile l’a rencontré pour la première fois dans un refuge montréalais, Dieudonné, 57 ans, était incapable de se lever. Sans papiers, atteint d’un cancer avancé, il vivait avec des douleurs constantes, allongé sur un matelas sans drap ni oreiller. Arrivé au Québec après avoir tout perdu ‒ sa terre, sa maison, ses racines ‒, il n’avait plus accès aux soins et se rapprochait chaque jour un peu plus de la mort.

À force de patience, de débrouillardise et d’écoute, l’équipe a réussi à l’accompagner vers des soins empreints d’humanité. Aujourd’hui, il souffre moins. Il a repris contact avec sa famille et retrouve peu à peu le goût de vivre.

Son histoire illustre la raison d’être de cette initiative novatrice inspirée d’un projet semblable mis sur pied à Toronto. La Maison mobile intervient auprès de personnes en situation d’itinérance visible ou invisible qui risquent de mourir dans la prochaine année. Certaines vivent dans la rue ou dans le métro, d’autres dans des refuges ou dans leur voiture. Beaucoup ont rompu avec le système de santé ou n’y ont jamais réellement eu accès.

«Le défi, ce n’est pas seulement d’offrir des soins. C’est d’abord de recréer un lien de confiance», résume la Dre Marie-Hélène Marchand, professeure adjointe de clinique à l’Université de Montréal, médecin en soins palliatifs au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Est-de-l’Île-de-Montréal et cofondatrice de la Maison mobile.

Créer un corridor de confiance

L’objectif de l’équipe: bâtir un corridor de soins adapté au rythme et à la volonté de chaque individu afin de lui offrir un peu de sécurité, de dignité et de chaleur humaine. Si elles le souhaitent, les personnes accompagnées peuvent ensuite être dirigées vers une maison de soins palliatifs ou un hôpital, où l’équipe poursuit son accompagnement jusqu’à la fin de vie.

Soutenu par Laurence De Villers, directrice générale de la Société de soins palliatifs à domicile du Grand Montréal et de sa fondation, le projet Maison mobile a vu le jour grâce à une subvention fédérale et à des dons privés. Si ce financement a permis de lancer l’initiative, l’équipe a toutefois encore besoin de l’appui de donateurs pour en assurer la pérennité et poursuivre son accompagnement auprès des personnes les plus vulnérables.

Depuis avril 2024, quelque 70 patients ont été pris en charge par l’équipe de la Dre Marchand, composée de deux médecins et d’une infirmière praticienne spécialisée. Selon les besoins, des intervenants spirituels et des psychologues peuvent également être appelés en renfort. Et lorsque la situation l’exige, l’équipe aide aussi les patients à faire reconnaître leurs droits.

À terme, la Maison mobile souhaite accompagner une centaine de personnes chaque année. Le projet dessert principalement les territoires des CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, du Nord-de-l’Île-de-Montréal et, plus récemment, du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Des organismes communautaires, dont le Cap St-Barnabé, Dans la rue, la Maison du Père, L’amour en action, le Native Women’s Shelter of Montreal et la Mission Old Brewery, contribuent à repérer les personnes les plus vulnérables et à orienter l’équipe vers elles.

Un milieu d’enseignement unique

La Maison mobile est également devenue un formidable milieu d’enseignement pour les étudiantes et étudiants de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal. Des externes y effectuent des stages d’observation, tandis que des résidents et résidentes réalisent des stages à option axés sur une approche intersectionnelle des soins palliatifs. Pour plusieurs, il s’agit d’un premier contact avec la réalité des refuges et de l’itinérance. Des formations sont aussi offertes aux intervenants de première ligne.

Le projet pourrait éventuellement donner lieu à des travaux de recherche sur la fin de vie en contexte d’itinérance, une réalité encore peu étudiée au Québec.

Reconnue personnalité de l’année par le magazine L’actualité, la Dre Marchand a également reçu le Prix humanitaire de la Société canadienne de médecine palliative.

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