Mieux comprendre la réalité des jeunes
Actuellement, le projet de loi prévoit notamment d’interdire aux employeurs de faire travailler un enfant en deçà de l’âge de 14 ans, sauf dans certains cas d’exception, en plus de limiter à 17 le nombre d’heures de travail par semaine pendant l’année scolaire.
Véronique Dupéré et Nancy Beauregard sont favorables à ces balises. Elles rappellent que les blessures physiques survenues au travail sont plus fréquentes chez les plus jeunes et qu’un nombre élevé d’heures de travail et la présence de stresseurs au travail, comme la surcharge, la pression du temps ou l’incompatibilité des horaires de travail avec les autres sphères de vie dont l’école, sont associés à davantage de détresse psychologique et de difficultés scolaires chez cette population.
Les chercheuses tiennent toutefois à préciser que le fait de limiter le nombre d’heures hebdomadaire maximal permis pourrait ne pas régler tous les problèmes liés au surinvestissement dans le travail. Elles invitent à porter une attention particulière aux jeunes en situation de vulnérabilité qui travaillent afin de subvenir à leurs besoins fondamentaux.
«En limitant le nombre d’heures que ces jeunes peuvent travailler, on pourrait les obliger à se tourner vers le travail au noir – et donc sans protection – pour assurer leurs besoins de base. Il faudra donc surveiller la situation de près et penser à des mesures de soutien pour éviter ces dérives», indique Véronique Dupéré.
Ajoutons que, si les jeunes travaillent parfois pour subvenir à leurs besoins, certains qui présentent des facteurs de vulnérabilité scolaire et psychosociale le font aussi pour apprendre et renforcer leur engagement, alors que l’école le leur permet moins.
Une étude récente menée par Éliane Thouin, alors doctorante sous la supervision de Véronique Dupéré et aujourd’hui employée du Réseau réussite Montréal, a montré que, lorsque les conditions sont favorables en matière d’intensité et de qualité du travail, celui-ci peut «favoriser le développement identitaire, puis l’insertion rapide dans un emploi correspondant aux aspirations, en plus de représenter un lieu de protection avec un mentor significatif», selon Éliane Thouin.