Vers la mise au point de thérapies régénératives
Les dégénérescences rétiniennes héréditaires sont causées par la perte de cellules photosensibles dans la rétine, située à l'arrière de l'œil. Malheureusement, lorsque ces cellules dégénèrent à cause d'une maladie, elles ne sont pas remplacées et le patient souffre alors d'une perte de vision pouvant aller jusqu'à la cécité totale, un diagnostic dévastateur.
Bien qu'il existe actuellement diverses approches, comme la thérapie génique, qui offrent l'espoir de ralentir ou de bloquer la progression de la perte des cellules photoréceptrices, ces techniques ne peuvent pas restaurer les cellules perdues et ne sont donc pas utiles pour les patients qui sont à un stade avancé de la maladie. Il y a donc urgence de mettre au point des thérapies régénératives qui pourraient remplacer les cellules perdues et restaurer la vision. L’utilisation des cellules souches et la greffe de ces cellules dans l'œil du patient comptent parmi les avenues de recherche prometteuses, mais ces interventions sont présentement confrontées à des défis majeurs qui ralentissent la déclinaison en traitements cliniques.
Dans une approche qui contourne le besoin de transplantation, l’équipe du Dr Cayouette a trouvé un moyen de réactiver des cellules dormantes dans la rétine et de les transformer en cellules de type neuronal qui pourraient à terme être utilisées pour remplacer les cellules perdues dans la dégénérescence rétinienne.
«Nous avons mis en lumière deux gènes qui, lorsqu'ils sont exprimés dans ces cellules dormantes appelées cellules de Müller, peuvent les convertir en neurones rétiniens. Ce qui est intéressant, c'est que ces cellules de Müller sont connues pour se réactiver et régénérer la rétine chez les poissons, mais chez les mammifères – y compris les humains – elles ne se réactivent normalement pas dans le cas de blessure ou de maladie pour régénérer la rétine, et nous ne comprenons pas encore très bien pourquoi», explique Camille Boudreau-Pinsonneault, première auteure de l’étude et ancienne étudiante de doctorat à l’IRCM.
«Il s'agit d'une avancée intéressante par rapport à la transplantation de cellules, car nous pourrions un jour tirer parti des cellules qui sont normalement présentes dans la rétine, les stimuler pour régénérer les cellules rétiniennes perdues dans des conditions pathologiques et restaurer la vision!» s’est réjoui Ajay David, étudiant de doctorat dans l’unité du Dr Cayouette à l’IRCM et coauteur de l’étude.
Forte de ces succès, l’équipe compte maintenant s’attacher à augmenter l’efficacité de cette technique et trouver une façon de promouvoir la maturation complète en photorécepteurs cônes, ce qui permettrait de restaurer la vision.