Ce type de besoin peut donner lieu à de multiples aberrations et violences. Si je veux me définir d'une certaine manière par rapport aux autres, c’est bien souvent pour me définir en tant qu’être supérieur.
Cela est arrivé quand nous nous sommes définis comme «autres» par rapport aux animaux, alors que nous sommes nous-mêmes des animaux. En arrivant à la conclusion que nous sommes supérieurs, nous en avons déduit que nous pouvions disposer de ces autres êtres comme bon nous semble et ne pas prendre en compte leur souffrance.
La même chose s’est produite pour la question du genre avec une définition qui s’est cristallisée à partir d’Aristote. L’être humain était perçu comme un homme. Une femme était alors considérée comme autre; c’était un homme un peu manqué. Il en a découlé toutes sortes de violences.
Quand nous faisons des essentialisations de ce type, des risques éthiques et politiques en résultent. Dès que nous commençons à circonscrire de façon rigide ce qu'est l'être humain, le risque fondamental est d'exclure quelqu'un. Cette exclusion peut devenir violente. Nous l’avons fait par le passé avec des questions de racisme, de sexisme, de maltraitance envers les animaux.
Chercher les différences entre un être humain et une machine ne me semble pas important. Mon inquiétude n'est pas, bien sûr, que nous maltraitions les machines. Par contre, la démarche consistant à vouloir se définir une fois pour toutes est dangereuse. Il me semble plus intéressant d’étudier quels sont ces jeux de définitions, de négociations de ce qu’est l’humain et comment les choses qui nous semblent les plus humaines changent. Est-ce que c'est le fait de parler? de sentir? d’avoir des émotions? d'aimer? d'avoir des intuitions? Mais du coup, qu'est-ce qu'une intuition, est-ce qu'on peut la définir?
Et si nous nous servions plutôt de l’intelligence artificielle pour valider la définition de qui nous sommes en tant qu’humains ainsi que d’autres définitions?