Pour répondre à ses questions, Marianne Paquette a procédé à une analyse thématique de 99 entretiens d'une heure menés dans cinq provinces canadiennes (Alberta, Colombie-Britannique, Nouvelle-Écosse, Ontario et Québec) à trois échelons: acteurs individuels (chercheurs, professeurs, doctorants), institutionnels (membres de conseils d’administration, vice-recteurs et vice-doyens à la recherche) et systémiques (acteurs fédéraux et provinciaux). Le Québec est la province la mieux représentée, avec 24 participants.
Sa démarche s'appuie sur deux cadres théoriques complémentaires: la théorie du capital humain scientifique et technique de Bozeman et Boardman, selon laquelle les activités internationales contribuent à la production de travaux de recherche universitaires au travers l’accumulation de capital, et le cadre de la gouvernance multiniveau, qui reconnaît l'influence des échelons infranationaux – comme les provinces – en plus des échelles nationale et supranationale.
Un bilan globalement positif, mais nuancé
Les résultats préliminaires laissent voir un tableau majoritairement favorable. Les personnes interrogées voient dans l'internationalisation un moteur pour la production et la circulation des connaissances: travailler avec des collègues étrangers rencontrés dans des colloques, établir des réseaux de collaboration, publier à l'étranger – tout cela forme, selon un participant québécois, un réseau qui s'agrandit rapidement.
L'internationalisation est aussi perçue comme une réponse aux grands enjeux scientifiques. Certains participants évoquent la nécessité de collaborer avec des experts introuvables localement pour mener des études inédites ou encore l'idée de concevoir la communauté universitaire mondiale comme une vaste boîte à outils où chaque acteur contribue selon ses forces. La visibilité internationale des établissements est également en jeu: attraction d'étudiants et de chercheurs, prestige, réputation – des préoccupations bien présentes dans les discours recueillis.
Mais l'image n'est pas sans zones d'ombre. Marianne Paquette relève que l'internationalisation est désormais perçue par certains comme une norme – voire une exigence – du milieu universitaire. L'obtention de financements et l'avancement de carrière, notamment la titularisation, en dépendent de plus en plus dans plusieurs établissements. Pour les chercheurs et chercheuses dont les travaux ne s'y prêtent pas naturellement, cette attente peut les désavantager.
Des tensions entourent également l'accueil des étudiantes et étudiants étrangers aux cycles supérieurs. Plusieurs participants soulèvent le déséquilibre entre les coûts associés à leur parcours et les ressources dont disposent ces étudiants. Des questions linguistiques et d'adaptation aux normes universitaires locales s'y ajoutent, dans un contexte où le soutien offert ne semble pas toujours à la hauteur.