Bien avant l’invention de l’agriculture, les humains savaient déjà comment transformer les céréales et autres plantes sauvages en une farine adaptée à l’alimentation, et il existe maintenant de nouvelles preuves qu’ils le faisaient bien plus tôt que ne le pensaient les scientifiques.
Publiée le 9 juin dans Quaternary Science Reviews, une étude menée par des Italiens sur cinq anciens pilons datant d’il y a environ 39 000 à 43 000 ans montre que la mouture pour l’alimentation remonte à la période de transition entre l’homme de Néandertal et l’Homo sapiens.
«Cela repousse de plusieurs milliers d’années les premières traces de transformation des plantes et de production de farine», explique Julien Riel-Salvatore, coauteur de l’étude et professeur titulaire au Département d’anthropologie, dont il est le directeur.
«Un pilon provenant du Riparo Bombrini, un site du nord de l’Italie sur lequel mon collègue de l’Université de Gênes, Fabio Negrino, et moi-même travaillons depuis plus de 20 ans, montre que les Néandertaliens avaient également ce comportement, ce qui est tout à fait nouveau, à notre connaissance. Il s’agit donc d’une découverte majeure.»
La période de transition Néandertal/Homo sapiens se caractérise par la coexistence des techno-complexes du Moustérien tardif (Néandertal), de l’Uluzzien et du Protoaurignacien (H. sapiens) dans le nord-ouest et le sud-ouest de l’Italie d’aujourd’hui.
Les pilons proviennent de deux sites paléolithiques séparés par environ 1 000 km sur le versant de la mer Tyrrhénienne de la péninsule: Riparo Bombrini, dans la zone archéologique des Balzi Rossi en Ligurie, et la Grotte de Castelcivita, au pied du massif de l’Alburni, en Campanie.
Des granules d’amidon de morphologies différentes ont été trouvés à la surface des meules sur les deux sites, témoignant de l’utilisation de différentes plantes, y compris des céréales sauvages, par les humains qui habitaient ces régions à l’époque.