Dès la fin des années 1980, l'industrie de la télévision a commencé à multiplier les chaînes. Il y a de la place pour des chaînes qui concurrencent le service public et les grandes chaînes généralistes, cela va donc contribuer à une très grande fragmentation de l'offre.
Avec le numérique, ce foisonnement et cette fragmentation augmentent. Le nombre de plateformes s’accroît. Certaines visent à prolonger des expériences plutôt traditionnelles: il s’agit de chaînes linéaires qui se numérisent et qui, pour rester compétitives, vont élaborer des offres en ligne. D’autres sont basées sur la distribution d'images en mouvement par des abonnements, comme Netflix, Amazon, Disney+. Ces plateformes vont tout d’abord distribuer du contenu. Elles vont aussi produire leur propre contenu, qui va donc augmenter cette fragmentation. Il y a également des plateformes moins visibles, qui se définissent comme d’autres options relativement aux grands acteurs. On peut penser notamment à Mubi, à Criterion et à d'autres plateformes qui vont faire des choix plus pointus de films de cinéma pour joindre des publics cinéphiles.
Les réseaux sociaux s'ajoutent à cette fragmentation de plateformes ainsi que d'autres dispositifs, comme Twitch, YouTube ou Vimeo, qui proposent des contenus dans lesquels les publics sont eux-mêmes producteurs de contenu. C’est un phénomène nouveau pour l'industrie depuis le début des années 2000 et qui va changer vraiment la donne en termes de quantité et de fragmentation.
Nous sommes désormais devant une telle abondance que nous nous retrouvons dépassés par l’offre, au point de ne plus savoir parfois quoi écouter, ce qui cause de la frustration.
Si je peux créer mon propre contenu, si je peux devenir aussi producteur de vidéos réalisées avec mes compétences qui ne sont pas celles d'une puissance industrielle, l'offre va changer de forme. Les questions de pouvoir sont très différentes alors. Cela dit, comme le souligne par exemple David Nieborg, un des invités du colloque, il ne faut pas croire que tout sera désormais possible avec l’arrivée de ces nouvelles plateformes. Au contraire, le concept même de plateforme doit être compris comme un ensemble de structures économiques, de structures de pouvoir qui vont fonctionner selon des logiques visant à occuper le marché selon des stratégies qui sont aussi politiques.