Dans sa recherche auprès de femmes victimes de violence conjugale, Martine Lévesque constate de nombreuses «exclusions systémiques» qui accroissent leur vulnérabilité. D’abord, elle souligne la persistance de certains stéréotypes à l'égard des personnes handicapées qui compliquent leur recherche d’aide: la tendance à les infantiliser et à penser qu’elles n’ont pas de vie sexuelle ou qu’elles ne sont pas des témoins qualifiées.
«On est devant une sorte de capacitisme institutionnel qui discrimine les personnes handicapées et les confronte à d’autres types de violence, alors qu’elles essaient justement de sortir de la violence, déplore la chercheuse. Par exemple, j’ai rencontré une femme qui m’a raconté avoir été traitée avec mépris par un policier parce qu’elle n’arrivait pas à donner des détails visuels précis liés à son agression, alors qu’elle est malvoyante.»
Pour éviter que ces situations se produisent, Martine Lévesque, en étroite collaboration avec le Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec, a mis sur pied un partenariat incluant des organismes communautaires (notamment des maisons d’hébergement et la Maison des femmes sourdes de Montréal [MFSM]), le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et plusieurs autres chercheuses du Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales, les discriminations et les pratiques alternatives de citoyenneté.
Les travaux du groupe ont permis d’analyser certaines barrières structurelles intersectorielles et d’agir sur celles-ci entre autres par la création d’un protocole permettant à la police de faire appel à un transport adapté pour déplacer en urgence une femme utilisatrice de fauteuil roulant et par la mise en place d’un projet pilote facilitant l’accès des maisons d’hébergement du territoire aux services de soutien à domicile.
Par ailleurs, le groupe croit que l’éducation et la sensibilisation restent les armes les plus puissantes: un travail d’équipe avec la MFSM et le SPVM a mené à la production d’une capsule s’adressant aux corps policiers. Cette dernière explique la réalité des femmes sourdes victimes de violence conjugale et promeut l’importance d’avoir recours à une interprète formée en langue des signes québécoise pour bien recueillir et documenter le témoignage d’une femme sourde.
D’autres recherches s’imposent, dit la chercheuse, qui poursuit actuellement un projet sur les parcours de vie de femmes handicapées victimes de violence conjugale et d’autres projets de sensibilisation.
«La violence conjugale touche toutes les femmes. Et tous les acteurs qui orbitent autour de cette problématique doivent y être sensibilisés», conclut Martine Lévesque.