Redonner la souveraineté narrative aux communautés
Native de Mani-utenam, sur la Côte-Nord, et vivant maintenant à Wendake, près de Québec, Shushan Bacon est journaliste à la chaîne francophone d’APTN, le Réseau de télévision des peuples autochtones. Formée en gestion et comptabilité, elle nourrissait le désir d’effectuer un doctorat sur la pauvreté des peuples autochtones lorsqu’est survenu le décès de Joyce Echaquan, le 28 septembre 2020.
«Ma vie a alors basculé, j’ai pleuré pendant deux semaines parce que sa mort a mis au jour le racisme et les microagressions que les Autochtones vivent au quotidien, et je me suis dit que j’allais désormais tendre le micro dans nos communautés», a témoigné celle dont les parents ont vécu le traumatisme des pensionnats.
C’est aussi pour redonner la souveraineté narrative aux communautés que Gabrielle Paul a demandé à travailler à Espaces autochtones une fois qu’elle a été embauchée comme journaliste à Radio-Canada à la suite d’un stage.
Ayant fait du journalisme à l’adolescence, la jeune femme originaire de Mashteuiatsh, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, a réalisé que le portrait des communautés autochtones peint par les médias régionaux était toujours négatif.
«Tout ce qu’on entendait aux nouvelles, c’était des histoires de descentes de drogue, et j’ai voulu montrer qu’il se passe autre chose dans nos communautés: je me suis donc inscrite en journalisme au Cégep de Jonquière», a-t-elle relaté.
Également natif de Mashteuiatsh, Michel Jean a toujours voulu être journaliste. Après avoir étudié en histoire à l’UdeM, il a embrassé la carrière journalistique, qui l’a mené un peu partout au Québec et au Canada ainsi qu’à l’étranger. Aujourd’hui animateur de l’émission du midi à TVA et au canal LCN, ce n’est que tardivement que Michel Jean a parlé publiquement de ses origines autochtones, soit vers 2010.
«Je me suis servi de la white pass, c’est-à-dire que je suis passé pour un Blanc en évitant de parler de mes origines innues pour avoir plus de chances d’être embauché comme journaliste», a-t-il confié.
C’est notamment lui qui a révélé la nouvelle du décès de Joyce Echaquan, au lendemain de sa mort. On lui avait transmis la vidéo qui a fait les manchettes et scandalisé le Québec. «Radio-Canada avait retiré les injures que lançaient les infirmières à Joyce, mais de mon côté à TVA, j’ai décidé de les laisser: je me suis dit que ça faisait assez longtemps que les Autochtones entendaient ce genre de choses et qu’il était temps que les Québécois les entendent aussi», a-t-il raconté.