Quand le territoire devient un lieu d’apprentissage

Par UdeMnouvelles
En 5 secondes Philippe Boucher et Mathieu Boivin sont lauréats du Prix d’excellence pour la pédagogie inclusive pour un cours immersif auprès de la nation naskapie.
Philippe Boucher, chargé de cours au Département d'anthropologie et à l'École de criminologie, ainsi que Mathieu Boivin, chargé de cours à la Faculté des arts et des sciences et coordonnateur administratif de programme au Département d'anthropologie de l'Université de Montréal

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Prix d’excellence en enseignement Article 58 / 63

À l’université, les réalités autochtones sont encore souvent abordées à travers des textes, des cours magistraux ou des analyses théoriques. Avec le cours Stage collectif (AUT 3002), Philippe Boucher, chargé de cours en études autochtones, et Mathieu Boivin, coordonnateur du cours, ont déplacé le cœur de la formation vers le territoire. Ils reçoivent pour ce travail le Prix d'excellence pour la pédagogie inclusive.

Du 12 au 18 août 2025, une vingtaine d'étudiantes et étudiants ont vécu une immersion de sept jours dans la communauté naskapie de Kawawachikamach. Le groupe s’est retrouvé, après 12 heures de route et 20 heures de train, dans un environnement d’apprentissage complètement différent d’un campus. 

Le cours visait à mieux faire comprendre les réalités sociales et culturelles de la nation naskapie. L’expérience reposait sur la transmission de connaissances par des membres de la communauté, comme détenteurs de savoirs, à travers des rencontres, des échanges et des activités sur le territoire.

Il s’agissait du premier cours universitaire en études autochtones offert à Kawawachikamach. L’Université n’y venait donc pas seulement pour enseigner, mais aussi pour écouter, pour apprendre et pour construire une relation avec la communauté. 

Une vingtaine d’activités étaient au programme, dont une introduction à la langue naskapie, des rencontres avec des aînées, une visite du CLSC Naskapi, la confection d’un sac de médecine, une sortie de pêche, la construction d’une tente traditionnelle et la préparation d’un repas de caribou et d’orignal. 

Le projet a été réalisé en étroite collaboration avec le vice-chef Nathan Uniam et le conseil de la nation naskapie de Kawawachikamach. Plus de 40 membres de la communauté ont participé aux activités et partager leurs savoirs et leur culture.

Cette immersion s’inscrivait dans une démarche de pédagogie inclusive et de justice épistémique. Les membres de la communauté occupaient une place centrale dans la transmission, tandis que Philippe Boucher et Mathieu Boivin assuraient surtout la coordination, l’accompagnement et la médiation. 

La préparation du séjour visait aussi à réduire les barrières à l’apprentissage. Bilingue et accessible en ligne sans achats obligatoires, le plan de cours comprenait des documentaires, des balados, des articles journalistiques et des textes scientifiques. Une place importante était accordée aux auteures et auteurs autochtones ainsi qu’aux contenus en naskapi et en anglais. 

Le cours était destiné d’abord aux personnes inscrites en études autochtones. Près de 40 demandes d’inscription ont été soumises. Parmi les 23 candidatures sélectionnées figuraient cinq étudiantes et étudiants naskapis et innus. La présence de personnes originaires de Kawawachikamach a favorisé les apprentissages mutuels et facilité l’intégration du groupe. 

L’évaluation suivait la même approche inclusive. Les étudiants et étudiantes devaient rédiger un court texte préparatoire, participer aux activités, tenir un journal de bord écrit ou audio, avoir un kiosque à une foire universitaire et produire une synthèse finale. Les critères valorisaient la réflexivité, le sens critique et l’autonomie. 

Dans une logique de réciprocité, le groupe a contribué à la vie communautaire. Une projection de films de cinéastes naskapis et une foire universitaire ont été organisées pour la population. Les équipes y présentaient différents domaines d’études et secteurs professionnels, de l’archéologie au cirque en passant par l’intervention et la photographie. 

Plusieurs participants et participantes ont décrit l’expérience comme transformatrice sur les plans personnel et professionnel. Les évaluations de l’enseignement font état d’un taux de satisfaction de 100 % pour toutes les dimensions mesurées, dont la planification, les méthodes pédagogiques et la relation avec le groupe. 

Le projet rayonne déjà au-delà du cours. Une vidéo a été produite, le stage a fait l’objet d’une entrevue à Radio-Canada et il a été présenté dans deux colloques en Nouvelle-Zélande et au 93e Congrès de l’Acfas. 

Surtout, l’expérience a renforcé les liens entre l’Université de Montréal et la communauté de Kawawachikamach. Elle montre qu’un enseignement inclusif peut exiger de changer de lieu, de posture et de rapport au savoir tout en reconnaissant les communautés comme partenaires à part entière de la formation universitaire.

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