L’éclipse qui fait courir les foules
En matière de spectacle, l’Université est fort privilégiée: quatre de ses campus sont situés dans ce qu’on appelle la «bande de totalité», une bande d’environ 200 km de largeur qui traverse le sud du Québec et où le Soleil sera entièrement occulté par la Lune. En dehors de cette bande, l’éclipse ne sera que partielle. Ainsi, que ce soit au campus de Montréal, au campus MIL, au campus de Saint-Hyacinthe ou encore au campus de Brossard, c’est à la version nec plus ultra de l’éclipse – l’éclipse totale – qu’on pourra assister.
Astrophysicienne à l’UdeM et coordonnatrice scientifique au rayonnement et à l’éducation à l’Institut Trottier de recherche sur les exoplanètes (iREx), Marie-Eve Naud précise que la principale différence pour chacun de ces lieux réside dans la durée. «Plus on se rapproche du milieu de la bande de totalité, plus l’éclipse totale sera longue, explique-t-elle. Le campus MIL étant le plus au nord, la durée sera de 1 minute. Au CEPSUM, on augmente la durée d’environ 13 secondes. Saint-Hyacinthe offrira un spectacle encore plus long, soit près de 2 minutes, et l’on gagnera encore quelques secondes de plus au campus de Brossard, situé le plus près de la ligne centrale de la bande de totalité.»
Se déplacer pour quelques secondes additionnelles, est-ce un jeu qui en vaut la chandelle? «Cela peut sembler difficile à croire, acquiesce la coordonnatrice, mais tous ceux qui ont eu la chance de voir une éclipse solaire totale répondront oui sans hésiter!»
C’est la rareté du phénomène céleste qui agit ainsi comme un aimant. En 2017, une éclipse solaire totale a attiré près de 1,6 million de voyageurs dans la région de la Caroline du Sud, aux États-Unis. L’astrophysicienne et directrice adjointe de l’Observatoire du Mont-Mégantic et de l’iREx, Nathalie Ouellette, faisait partie de ce million de personnes. «C’est l’expérience que j’ai connue qui se rapproche le plus d’une expérience spirituelle», raconte-t-elle. La scientifique insiste sur le caractère absolument extraordinaire du phénomène. «C’est complètement différent de l’éclipse partielle. Lors d’une éclipse totale, on peut retirer ses lunettes d’éclipse et observer à l’œil nu la couronne solaire, dit-elle. Voir un immense trou noir dans le ciel, ça transporte dans une autre dimension.»
Et quoi qu’il arrive, il ne faut surtout pas laisser la météo jouer les trouble-fêtes! «Peu importe les conditions météorologiques, assure Marie-Eve Naud, dès qu’on se trouve à l’intérieur de la bande de totalité, on verra le ciel devenir de plus en plus obscur et l’on constatera une chute de la température.» Sans oublier les espèces animales, notamment les oiseaux, qui modifient leur comportement et se mettent en mode «fin de journée».