Les usages créatifs des GML en littérature: une nouvelle ère d’expérimentation
Les grands modèles de langage offrent un terrain de jeu fertile aux écrivains désireux de jouer avec les limites du langage et des machines. En utilisant ces outils de manière subversive, des auteurs cherchent à révéler les failles et les zones d’ombre de l’intelligence artificielle (IA), plutôt que de s’en servir simplement comme d’un outil de productivité.
Marcello Vitali-Rosati observe que ces usages créatifs peuvent ouvrir des pistes inédites pour la littérature contemporaine: «Certains auteurs jouent avec les algorithmes pour ouvrir des pistes créatives qui tentent par exemple d’épuiser les limites des algorithmes.» Cette approche consiste à questionner la machine elle-même, à la pousser dans ses retranchements pour voir jusqu’où elle peut aller avant de trébucher.
Un exemple frappant est celui de l’écrivaine Milène Tournier qui, dans 27 fois la muraille de Chine, a utilisé ChatGPT pour produire une série de définitions de la muraille de Chine en demandant à l’algorithme de les raccourcir de plus en plus. «À la fin, il ne reste qu’une réponse: “Muraille.” Ce qui est intéressant ici, c’est de montrer les impossibilités algorithmiques et les limites du langage lui-même», explique Marcello Vitali-Rosati. Cette démarche non seulement révèle les limites du modèle, mais également remet en question la nature même de la définition et de la réduction langagière.
Ces expérimentations avec les GML ne se résument pas à l’épuisement des algorithmes. D'autres auteurs explorent la cocréation avec l'IA, recourant aux suggestions des modèles pour obtenir des idées ou des fragments de texte qu’ils n’auraient peut-être pas envisagés autrement. Ce processus collaboratif peut conduire à des œuvres hybrides où l’humain et la machine interagissent de manière dynamique.