Les 61 mares à l’étude sont réparties dans sept tourbières situées à l’est du Québec et au Nouveau-Brunswick. Ces tourbières sont «ombrotrophes», ce qui signifie qu'elles sont alimentées uniquement par l'eau de pluie, n’étant pas reliées au réseau hydrographique environnant. Leur caractéristique principale est la présence de sphaigne, une mousse qui se décompose très lentement et qui participe à l'acidification naturelle du milieu.
L’équipe de recherche a effectué des prélèvements d’eau à l’été 2020 et à l’été 2021 afin de comparer la composition biochimique des mares naturelles avec celle des mares créées artificiellement, ces dernières ayant de 3 à 22 ans d'existence.
Les analyses ont porté sur plusieurs catégories d'éléments, dont les nutriments essentiels (azote et phosphore), les indicateurs de matière organique (carbone organique dissous), les minéraux (calcium, sodium, magnésium et potassium) et les gaz dissous (méthane, dioxyde de carbone et protoxyde d'azote). Cette approche a permis de comprendre comment ces mares ont évolué au fil du temps après leur création.
Les résultats révèlent des contrastes significatifs entre les mares naturelles et les mares artificielles.
«Avec un pH supérieur à 5, les mares créées présentent un taux d’acidité moins élevé que leurs homologues naturelles, ce qui modifie considérablement leur chimie, mentionne Julie Talbot. Elles contiennent également deux fois et demie plus de nutriments, particulièrement l'azote et le phosphore: cette richesse en nutriments pourrait favoriser la prolifération d'algues et potentiellement engendrer des conditions anoxiques néfastes pour certaines espèces.»
Les échantillons ont aussi montré que les concentrations de carbone organique dissous, de gaz et de minéraux étaient systématiquement plus élevées dans les mares artificielles. «Ces différences s'expliquent en partie par l'absence initiale de sphaigne, qui est une mousse caractéristique des tourbières et qui influence naturellement la chimie de l'eau en acidifiant le milieu et en régulant les concentrations de nutriments», ajoute la professeure de l’UdeM.
Néanmoins, l’équipe de recherche a observé que les mares créées il y a plus de 17 ans présentent des caractéristiques biochimiques qui se rapprochent progressivement de celles des mares naturelles. Cela donne à penser qu'avec suffisamment de temps les mares artificielles peuvent évoluer vers des conditions analogues à celles des mares naturelles.