L’objectif des travaux du laboratoire du Dr Cohen, réalisés avec l’aide de la chercheuse Tram Pham, était d’évaluer l’effet d’une famille de molécules, appelées ²SMAC Mimetic, qui sont utilisées dans la lutte contre le cancer. Cette famille de molécules possède deux propriétés importantes, soit celle de réactiver l’expression de gènes qui répondent à un facteur de transcription appelé NFkB, comme le VIH, sans causer de réactions pro-inflammatoires importantes et celle de rendre vulnérables les cellules qui expriment de hauts niveaux d’inhibiteurs de l’apoptose (type de mort cellulaire), comme les réservoirs du VIH, provoquant donc leur mort. L’équipe s’est donc attachée à évaluer l’effet de ces molécules dans une stratégie appelée shock and kill, qui consiste à réactiver le VIH latent, ou en dormance, dans les réservoirs et à tuer les cellules réactivées en les prédisposant à l'apoptose.
En collaboration avec la compagnie Ascentage Pharma, les scientifiques ont testé une molécule appartenant à cette famille, l'APG-1387, qui fait actuellement l’objet d’essais cliniques en oncologie. L’évaluation a été effectuée sur des modèles cellulaires et in vivo dans le modèle de latence du VIH mis au point par ce laboratoire chez des souris humanisées, le tout dans le but de valider le concept.
Le traitement avec l’APG-1387 a montré une réduction de la taille des réservoirs chez des souris infectées et traitées avec des agents rétroviraux. Aussi, après une interruption du traitement antirétroviral, le rebond de virémie était moindre et apparaissait après un certain temps chez les souris traitées au moyen de l’APG-1387, ce qui donne à penser qu’il y a une réduction des réservoirs latents.
«Ces travaux sont importants en ce qu’ils confirment que cette stratégie peut fonctionner in vivo sans trop d’effets toxiques; ils nous révèlent également des vulnérabilités inhérentes aux réservoirs de virus qui pourraient être exploitées pour éliminer le VIH latent», souligne le Dr Cohen.
Il explique que des travaux subséquents chercheront à combiner cette approche avec des interventions stimulant le système immunitaire afin d’obtenir une élimination plus marquée des réservoirs de virus.