Parler directement aux vendeurs illégaux
Pour réaliser cette étude, les chercheurs ont obtenu l'autorisation du comité d'éthique pour se faire passer pour des clients potentiels auprès des sites Web de vente illégale.
Les membres de l’équipe ont d’abord tenté de joindre les responsables de 201 sites Web de vente illégale de cannabis. Seulement 104 d’entre eux ont répondu à leurs questions.
«Devant ce taux de réponse d’environ 50 %, nous avons relancé les 201 sites Web dans une deuxième vague d’approche et, des 88 personnes qui nous ont répondu, 69 n’acceptaient pas les cryptomonnaies, explique David Décary-Hétu. Ce sont donc les mêmes sites qui ont été sondés durant les deux vagues.»
Pourquoi la majorité des vendeurs illicites de cannabis en ligne n’acceptent-ils pas la cryptomonnaie?
«La première raison est de nature technique, indique David Décary-Hétu. L'implantation et la maintenance d'un système de paiement en cryptomonnaie nécessitent une expertise que beaucoup ne possèdent pas. De même, certains mentionnent que leur “patron est trop vieux et ne connaît pas ça”.»
Le manque d’intérêt de la part des clients est également en cause: une dynamique de marché biface s'installe, où les vendeurs n'acceptent pas la cryptomonnaie, car les clients n’en font pas la demande et inversement. «La courbe d'apprentissage pour les clients est jugée trop “raide”, ajoute le professeur. Il faut savoir où se procurer des cryptomonnaies et comment les transférer.»
L'étude s'appuie sur un modèle dit d'acceptation de la technologie (Technology Acceptance Model) pour comprendre les choix des vendeurs. Ce modèle examine l'adoption des technologies à travers deux prismes: la perception de l'utilité et la perception de la facilité d'utilisation. Dans le cas présent, ni l'utilité ni la facilité d'utilisation ne convainquent les vendeurs d'adopter la cryptomonnaie.